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"Pour se décarbonater, les industries énergie-intensives ont besoin de visibilité sur les prix et les volumes d'énergie"

Nicolas de Warren, président de l’Uniden.
© Congrès du gaz


Interview de Nicolas de Warren, président de l’Uniden qui rassemble en France les plus grands industriels utilisateurs d’énergie.  

 De quelle manière, les industries énergo-intensives sont-elles touchées par le conflit entre la Russie et l’Ukraine ?   

Depuis l’été 2021, nous étions déjà dans une spirale d’augmentation des coûts énergétiques. En décembre les prix se sont emballés. Puis le jeu s’est un peu calmé en janvier. Hors de contrôle depuis le 24 février, ils battent des records de hausse et de volatilité. Ils ne reflètent plus la réalité. Pour la seule journée du 7 mars, le mégawattheure (MWh) s’est apprécié de 100 euros. Pour les industries énergo-intensives (fortement utilisatrices d’énergie), le poste énergie pèse entre 15 % et 50 %. Par rapport à 2020, les prix du gaz et de l’électricité ont été multipliés par un facteur 5 à 6 !  

Quelles sont, à court et moyen termes, les pistes que vous proposez pour améliorer cette situation ?   

Mardi 8 mars, le Premier ministre, Jean Castex, a réuni mardi à Matignon les représentants de plusieurs filières industrielles, dont l’Uniden qui a bien noté les propositions de la Commission européenne. Lesquelles visent, à plus ou moins long terme, à diversifier l’approvisionnement de l’Europe en gaz, à accélérer le déploiement des gaz renouvelables, à substituer le gaz utilisé pour le chauffage par la production d’électricité, à rendre obligatoire le remplissage des stockages de gaz à un minimum de 90 % au 1er octobre de chaque année en Europe… Pour y arriver, il faut s’y prendre dès maintenant ! Surtout, nous demandons une régulation des prix du gaz et de l’électricité. Tant en volume qu’en valeur.   

Avec la crise actuelle, la décarbonation de l’industrie ne devient-elle pas encore plus indispensable ?  

Bien sûr ! Mais pour investir, encore faut-il avoir de la visibilité sur les prix et les volumes d’énergie. Or il y a trois ou quatre ans, les derniers contrats d’engagement sur les prix de l’électricité ont pris fin. La crise actuelle ne fait que confirmer leur pertinence. En effet, passer d’une chaudière à gaz à une chaudière électrique ou à biomasse bois coûte très cher. Pour réussir ces opérations, nous avons besoin de visibilité non seulement sur les coûts d’investissement mais aussi sur les coûts d’exploitation. C’est pourquoi nous nous battons pour avoir des prix fermes à long terme sur l’électricité.  

Quelles sont les voies les plus prometteuses de la décarbonation des industries énergo-intensives ?   

Pour 80 % de l’industrie, ce sera l’électrification des procédés. Pour les autres procédés, il sera indispensable de recourir au gaz, au biométhane ou à la biomasse bois. Mais il y a aussi une dimension territoriale. Selon les régions, l’accès à la biomasse sera plus ou moins compétitif.   

Le plan nucléaire du gouvernement vous concerne-t-il ?  

Oui et il est incontournable. La crise russo-ukrainienne contribue à l’imposer dans les esprits. Il faudrait que les premières tranches de ce renouveau du nucléaire français soient accessibles dès 2035. La France devra assurer un rythme soutenu comme dans les années 70-80. D’autant que le parc tricolore contribuera probablement à alimenter nos voisins en électricité décarbonée.  

© Propos recueillis par Erick Haehnsen pour Les Échos / Agence TCA