Montage, démontage, mise en pression, contrôle de la géométrie, recreusage, rechapage… la démarche globale pneus + service s’imposer peu à peu pour étendre sa durée de vie jusqu’à 150 % supplémentaires. Avec force capteurs (km, pression, température), le pneu embarque la télématique afin d’offrir une gestion plus fine. Prochain défi : accompagner les constructeurs de véhicules à baisser les émissions de CO2 de 15 % d’ici 2025 et de 30 % en 2030.
« En moyenne, les pneumatiques entrent à hauteur 5 % du prix d’un poids lourd, estime Régis Audugé, directeur général du Syndicat du pneu – Union des métiers de la mobilité (U2M). D’où l’importance de compter sur des équipements qui durent et assurent une bonne sécurité. » C’est dans cet esprit que se développe chez les manufacturiers et gestionnaires de parcs pneumatiques le concept de démarche globale pneu + services. Grâce au conseil dans le choix des pneus en fonction des véhicules et des usages ainsi qu’à un suivi régulier en atelier ou sur le site du transporteur, cette démarche rassemble toutes les opérations qui étendent la durée des pneus, améliorent la sécurité du conducteur et de la marchandise, tout en réduisant le coût kilométrique. « Quitte à rembourser le client, en fin de trimestre, si la dépense réelle s’avère inférieure au budget prévisionnel élaboré avec lui », indiquait en novembre Rodolphe Hamelin, directeur commercial de First Stop-Côté Route (Bridgestone EMEA) lors d’un atelier sur Solutrans 2023 à Lyon. Même type d’offre avec MasterControl Easyliss chez Euromaster qui vise à répondre aux trois attentes des transporteurs : la réduction des coûts à l’usage, la réduction de l’empreinte carbone et l’accompagnement dans la trésorerie.
Des services pour étendre de 150 % la durée de vie des pneus
Autrement dit, « l’objectif est de maximiser le rendement du pneumatique au travers d’opérations comme la permutation des pneus sur le véhicule, la mise en pression, retour sur jantes, le contrôle de la géométrie et le recreusage ainsi que le rechapage qui va donner une deuxième, voire une troisième vie au pneumatique », enchaîne Rodolphe Hamelin. Autant d’opérations qui contribuent à étendre la vie du pneu neuf de 150 %. En comptant toutes les opérations de montage, démontage, permutations, recreusage et rechapage, « nos hommes peuvent toucher le pneu jusqu’à dix-sept fois, estime François Chanudet, directeur des produits industriels chez Profil Plus. Pour 70 % des matériels, cette attention et cette proximité avec le service d’exploitation des clients existent déjà de façon régulière mais pas pour les 30 % restants qu’on voit moins. Leurs pneus sont donc plus accidentogènes et plus coûteux en entretien. »
Se baser d’abord sur des pneus premium
Les pros du pneu sont unanimes : il faut miser, d’entrée de jeu, sur des pneus premium. Lesquels sont étiquetés A pour l’efficacité énergétique, B pour l’adhérence sur sol mouillé et 3PMSF (3 Peak Mountain Snowflake) pour rouler toute l’année, même l’hiver en montagne. « La qualité du rechapage provient à 70 % de la qualité de la carcasse », confirmait à Solutrans Grégory Briche, directeur général de la division industrielle de Goodyear France dont les deux nouvelles versions de la gamme poids lourds KMAX S (directeur) et D (moteur) GEN-2 en R 17.5 et R 19.5. Prévus pour supporter le poids et le couple des véhicules électriques afin de faciliter la transition énergétique des flottes, ils embarquent une puce RFID pour faciliter leur traçabilité et la gestion des stocks.
Instrumenter le pneu pour gérer la data
Une chose est sûre : l’éclatement du pneu reste, pour les manufacturiers, le risque absolu à prévenir. D’où leurs programmes pour instrumenter le diagnostic en termes de gonflage, température et pression du pneu, récolter de la donnée, l’analyser et préconiser des recommandations personnalisées au travers d’applications prédictives. Première brique : installer des scanners magnétiques installés au sol à l’entrée des parcs.
A l’instar du QuickScan de Michelin qui, dans le cadre de son programme Michelin Connected Mobility, et en particulier du Smart Predictive Tire combinant capteurs TPMS et scanner, a été lauréat de l’innovation dans la catégorie Digital à Solutrans 2023. Ce système « automatise à basse vitesse le contrôle de l’usure des pneus. Une caméra identifie le véhicule par sa plaque d’immatriculation. S’ajoutent à cela des capteurs TPMS positionnés en fond de jante qui envoient en temps réel les niveaux de température et de pression », détaille Alexandre Gasc, directeur marketing en charge du segment B2C et B2B pour la France et le Benelux chez Michelin qui compte renouveler au second semestre 2024 ses gammes longue distance 315-80, 315-70 en R 22.5 pour les tracteurs et 385-65 en R 22.5 pour les remorques.
associés aux capteurs TPMS, les système CheckPoint et DrivePoint font partie du programme de Goodyear Total Mobility.
© Goodyear
Même principe de capteurs TMPS chez Goodyear qui, dans le cadre du programme Goodyear Total Mobility, envoie des données par télématique et automatise le contrôle de la pression des pneus et de la profondeur de la bande de roulement via Goodyear CheckPoint et le système d’inspection Goodyear DrivePoint. De son côté, Continental en est à sa seconde génération de capteurs TPMS qui fournit les données « sur le kilométrage, la pression, la température des pneus. Mais, surtout, le système communique entre le tracteur et la remorque, explique Lionel de Septenville, directeur commercial Fleet Solutions chez Continental. Quant à la troisième génération, attendue pour 2026, elle devrait renseigner sur l’état de la profondeur de gomme et le poids transporté. » Pour l’heure, l’information des capteurs transite en Bluetooth vers une tablette unique pour le véhicule et la remorque, quelles que soient leurs marques, pour actualiser les données toutes les cinq minutes via GSM vers le compte du transporteur sur l’application ContiConnect Live.
Préoccupations environnementales
Outre la sécurité, toutes ces technologies visent à répondre à des préoccupations environnementales. Il s’agit d’une de se conformer à la réglementation européenne Vecto qui impose aux constructeurs de réduire la consommation des poids lourds de 15 % en 2025 et de 30 % en 2023 par rapport à 2019. Pour y parvenir, les manufacturiers contribuent à cet effort en réduisant la résistance du pneu au roulement… au risque de réduire le kilométrage à l’usage.
Un compromis que dépasse Continental avec la cinquième génération de pneumatiques pour le transport régional et longue distance avec la gamme Conti Eco Gen 5 (HS 5 pour l’essieu directeur et HD 5 pour l’essieu moteur) qui accroît la résistance au roulement jusqu’à 12% ainsi que les performances kilométriques jusqu’à 10 % par rapport aux produits précédents. Avec sa gamme longue distance Ecopia Enliten, Bridgestone semble aller plus loin : la résistance au roulement baisse de 12 % sur l’essieu moteur et de 8 % sur l’essieu directeur par rapport à la génération précédente. « En même temps, le rendement kilométrique augmente jusqu’à 40 % sur l’essieu directeur et de 6 % sur l’essieu moteur, explique Stanislas Alcalay, directeur commercial pour les véhicules industriels de Bridgestone en France.
© Eliane Kan et Erick Haehnsen / Agence TCA