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Suisse : championne européenne des déplacements en train

La ponctualité des trains suisses a atteint 98,6 % en 2020. CC David Gubler
Article publié dans Les Echos - Le 15 mai 2024

Ponctualité, haute fréquence, correspondances synchronisées, accessibilité construisent l’attractivité ferroviaire en Suisse. Laquelle investit 20 milliards de francs sur la période 2014-2035. Objectif : grignoter 11 % de parts de marché sur la voiture qui représente encore 52 % des trajets pendulaires.

En progression de 4 % au premier trimestre 2024 à 5,43 milliards de personnes-kilomètres (transport d’une personne sur un kilomètre), et après une année record en 2023 qui renoue avec les bons chiffres d’avant la pandémie avec 5,63 milliards au dernier trimestre (+8,3 %), le trafic ferroviaire passagers en Suisse retrouve ses couleurs de 2019. A savoir une demande annuelle de 2 505 km par habitant (1 531 km en 2020), contre 1 489 km pour la France (826 km en 2020), 1 205 km pour l’Allemagne (691 km en 2020) et 949 km pour l’Italie (376 km en 2020), selon l’Office fédéral suisse de la statistique (OFS), Eurostat, l’OCDE et les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF). Ce qui fait de la Confédération helvétique la championne européenne du transport de passagers sur rail. 

Qui plus est, le train suisse offre aux personnes à mobilité réduite une accessibilité de 90 % depuis 2023, rapporte l’Office fédéral suisse des transports (OFT) ainsi qu’une ponctualité (moins de 5 minutes de retard) de 98,6 % en 2020, contre 95,6 % en Allemagne et 92 % en France, constatent l’UIC International Railway Statistics.  « En Suisse, les salariés disposent rarement d’une voiture de fonction, souligne Bernhard Adamek, vice-directeur de l’Union des transports publics (UTP). La ponctualité, la fiabilité, la sécurité et la propreté constituent alors le porte-étendard de l’attractivité ferroviaire suisse. » 

De fait, le nombre de trains par ligne et par jour atteint 127 en Suisse, contre 68 en Allemagne, 59 en Autriche, 40 en Italie et 38 en France. « Cette densité permet de couvrir l’ensemble du territoire avec des liaisons hautement cadencées et coordonnées. Les usagers sont assurés d’avoir de bonnes correspondances pour presque toutes les destinations, y compris en milieu rural », reprend Bernhard Adamek. A titre d’exemple, plus de 500 trains transitent chaque jour par la gare RBS de Berne. Soit un train toutes les 90 secondes aux heures de pointe. 

Selon les prévisions de la Confédération, la demande en transports publics devrait encore augmenter de 11 % d’ici 2050. D’où un investissement de 20 milliards de francs suisses dans le cadre du programme de développement stratégique (PRODES) décidé en 2014 pour renforcer par étapes successives l’infrastructure des chemins de fer. « Dont une enveloppe de 7 milliards jusqu’en 2025 et une autre de 13 milliards jusqu’en 2035 », précise Bernhard Adamek. 

Cependant, la voiture fait de la résistance en Suisse. En effet, 52 % des transports pendulaires s’effectuent encore en voiture contre 27 % pour les transports publics, d’après l’étude 2020 L’importance économique des transports publics de la Litra, l’association en faveur des transports publics en Suisse, et Swissrail. Même si, entre 2000 et 2019, la distance parcourue en transports publics a augmenté de plus de 40 % – dont 42 % pour le train. Mais cet engagement écologique est à relativiser face au désir de voyager. « En moyenne, les Suisses parcourent chaque année 10 000 km en avion, estime Jean Coldefy, président du conseil scientifique de France Mobilités. Contre 2 500 km pour les Français. »

© Erick Haehnsen / Agence TCA