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Le TRM séduit par les IoT

Capteurs de géolocalisation, de température, d’ouverture des portes, détecteurs de chocs… Une foule de petits objets avec IA embarquée transmettent leurs données à des plateformes Web. Objectifs : économiser du carburant, optimiser la gestion des ressources, mieux planifier les livraisons ou contribuer à réduire la pollution en centre-ville.

Article publié dans L’Officiel des Transporteurs.

Géolocaliser les véhicules pour mieux maîtriser la gestion de la flotte, lutter contre la fraude ou le vol de carburant, maîtriser la chaîne du froid, suivre les véhicules, les contenants ou les marchandises… Tels sont les défis que relèvent les objets connectés (Internet of Things (IoT)] dans le transport routier de marchandises. Une activité en plein boom.

Accélération de la hausse d’activité

Qu’on en juge. « Notre chiffre d’affaires va bondir de 3 millions d’euros en 2020 à 5 millions cette année », prévoit Pierre Bonzom, PDG d’Ela Innovation créée en 2000 à Montpellier qui emploie 41 salariés. Ses traceurs connectés s’illustrent pour le suivi de la température dirigée des vaccins contre le coronavirus. « Nous livrons aujourd’hui les gros contrats que nous avons signés l’année dernière, malgré la crise sanitaire, avec des industriels ainsi qu’avec des commissionnaires et des transporteurs comme Maghreb Solutions, HBH et le groupe Mazet », souligne pour sa part Youness Lemrabet, PDG fondateur d’Everysens, une start-up lilloise créée en 2015 qui propose des traceurs pour semi-remorques et wagons de chemins de fer.

Même refrain chez Next4 qui commercialise des traqueurs pour conteneurs maritimes et pour marchandises : « Nous quintuplons notre volume de ventes », indique Cédric Rosement, le PDG. Créée en 2018, cette start-up est en train de lever 800 000 euros auprès de Bpifrance et d’acteurs occitans. « À côté de la géolocalisation, nos capteurs détectent l’ouverture des conteneurs ou des cartons, les chocs et les changements brutaux de température », poursuit Cédric Rosement. Bref, l’IoT au service décolle dans le TRM. Avec, à la clé, des services bien concrets. Quitte à recourir à l’intelligence artificielle (IA).

Cet IoT se positionne sur la tranche de la porte d’un conteneur maritime afin que l’antenne ne subisse pas d’effet de cage de Faraday.
© Next4

Lutter contre les fraudes et les vols de carburants

Grâce à une sonde qui analyse le volume de carburant dans le réservoir, le système communicant sur Service Alertgasoil lutte contre la fraude et les vols de carburant.
© Avenir Développement Durable

Parmi les pionniers en France, Avenir Développement Durable, créée en 2009, cartonne avec son service Alertgasoil qui lutte contre les fraudes et les vols de carburant. « Adaptable à n’importe quel véhicule, notre sonde est couplée à un processeur relié aux prises Bodybuilder des accès carrossiers. Pas au bus Can du véhicule », explique Eric Elkaim, PDG d’Avenir Développement Durable qui enregistre 25 000 réservoirs équipés pour un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros réalisé avec 60 salariés. Toute l’astuce consiste à détecter un siphonnage sur un parking ou un vol au remplissage. L’outil envoie l’alerte par réseau 4G vers les serveurs d’Alertgasoil. De leur côté, les clients sont notifiés au travers d’une application Web ou smartphone. Des algorithmes de Machine Learning détectent instantanément les anomalies et font sonner la sirène sans passer par les serveurs d’Alertgasoil. « Océan, la filiale d’Orange Business Services (OBS) spécialisée dans la géolocalisation et la gestion de flotte, va distribuer notre solution dans plusieurs pays européens et en Afrique », précise Eric Elkaim qui contractualise également auprès d’un réseau de 700 ateliers mécaniques pour Poids lourds en Europe. Par ailleurs, Avenir Développement Durable collabore directement avec certains constructeurs comme Man, Mercedes, Scania et Volvo.

Pierre Bonzom (Ela Innovation) 
© Ela Innovation

Besoin de passer à l’IA pour traceurs in-door

Pour sa part, la société montpelliéraine Ela Innovation, créée en 2000, passe également par des intégrateurs comme Océan ou Calamp aux États-Unis pour distribuer ses capteurs. « Utilisés entre autres pour la logistique de distribution des vaccins anti-covid sous température dirigée à -80°C, nos balises sont reliées au boîtier télématique du véhicule afin d’automatiser le suivi l’inventaire des marchandises durant la phase transport », précise Pierre Bonzom, le PDG qui, avec 41 salariés, réalise 40 % de ses ventes en France et 60 % à l’export depuis la crise sanitaire. La société mène un programme de recherche qui, grâce à l’IA, va calculer la géolocalisation des balises à l’intérieur des entrepôts, là où le GPS ne passe pas. Le système va recouper différentes données comme les mouvements de l’accéléromètre, la triangulation des bornes Bluetooth, capteurs de champs magnétiques, etc. Les premiers produits seront en bêta tests l’an prochain.

Tracer les véhicules pour mieux panifier les opérations

L’intelligence artificielle embarquée dans les capteurs d’Everysens sert à choisir les réseaux de communication en fonction de leur localisation : GSM/GPRS, NB-IoT, 4G LTE, Sigfox…
© Everysens

Créée en 2015, la start-up lilloise Everysens en est à sa sixième génération d’IoT. « Nous avons étendu la couverture géographique de nos objets connectés à l’Europe et l’Afrique. Ainsi que leur intelligence pour choisir les réseaux de communication en fonction de leur localisation : GSM/GPRS, NB-IoT, 4G LTE, Sigfox… », décrit Youness Lemrabet, le PDG fondateur, qui, malgré un message envoyé toutes les 10 secondes, a doublé à six ans la vie de ses IoT grâce à des batteries Lithium-ion de plus grande autonomie et à une optimisation des logiciels de gestion de l’énergie. Par ailleurs, une nouvelle fonctionnalité de la plateforme d’Everysens permet de calculer la disponibilité des ressources afin d’améliorer le planning des opérations au sein des progiciels de gestion des transports. « À l’avenir, nous allons développer des interfaces de programmation applicatives (API) vers les TMS du marché, reprend Youness Lemrabet qui est entrain de lever 2 à 4 millions d’euros. Résultat, la gestion de planning des ressources va faire un bond. Le transporteur saura si sa remorque est chez un client en débord, si elle a besoin d’une maintenance ou si elle est affectée à un transport planifié… »

Des arguments qui ont convaincu le commissionnaire tunisien HBH Transports, spécialisé dans l’import-export en Ro-Ro entre le Maghreb et l’Europe. « Nous possédons 80 remorques que nous confions à des tractionnaires. Lesquels collectent et livrent nos marchandises. Une fois celles-ci livrées, ils se débrouillent pour trouver du fret afin de restituer la remorque dans une de nos agences », décrit Timothée Manalt, responsable de ligne chez HBH Transports. Problème, les restitutions ne se passent pas toujours de façon harmonieuse. Ce qui complique la planification de l’affectation des ressources. Grâce aux IoT et à la plateforme d’Everysens, en utilisation sur 60 remorques depuis un an, plus besoin de harceler les tractionnaires pour savoir où ils en sont. « En localisant en permanence nos remorques, nous détectons rapidement les anomalies et sommes en mesure de prendre des décisions, reprend Timothée Manal. Par exemple, une remorque en stationne depuis plusieurs jours sur un port. Soit nous sortons la remorque du port pour éviter les frais portuaires en attendant la livraison, soit nous facturons ces frais chargeur. »

Utilisées par des tractionnaires, 60 des 80 remorques du commissionnaire HBH Transport sont géolocalisées en permanence par des capteurs de chez Everysens.
© HBH Transports

Détecter les anomalies en temps réel

Mehdi Badr (Ailon)
© Ailon

Détecter les anomalies, c’est aussi ce que propose la solution Deep Pattern de la startup parisienne Ailon. À partir des données d’événements comme celles transmises en temps réel par les boîtiers de géolocalisation, ses algorithmes d’IA mettent en évidence un nombre trop élevé de kilomètres roulés à vide, un temps de trajet anormal ou des risques de défaillance mécanique, etc. Née en 2018 de la rencontre entre des experts en intelligence artificielle et des spécialistes du transport, la start-up exploite les données des IoT embarqués : la position du véhicule, la vitesse du moteur, le poids de l’essieu, la distance du service, etc. Autant d’informations habituellement sous-exploitées par les transporteurs.

« Or, avec ces données, on apprend beaucoup du passé pour mieux prévoir l’avenir », résume Mehdi Badr, cofondateur et président d’Ailon qui a lancé cette offre en février dernier. Concrètement, sa plateforme Web se connecte à l’infrastructure de ses clients. Ce qui lui permet d’analyser au fil de l’eau les données transmises en temps réel par les camions. En les comparant à leur historique, la plateforme va savoir détecter des anomalies et émettre des recommandations à l’exploitant.

© Eliane Kan et Erick Haehnsen / Agence TCA

Eychenne Transport et Logistique recourt à l’IOT pour optimiser sa flotte

De plus en plus de clients réclament d’avoir des remorques en débord. Pour optimiser une telle organisation, cette PME s’appuie sur la solution Find It d’AS 24. Ce qui lui permet de savoir à tout moment où se trouvent ses véhicules

Olivier Eychenne, DG de l’entreprise éponyme 
© Nathalie Oundjian

Difficile, lorsqu’on gère des remorques par centaines, de se souvenir où chacune d’entre elle est garée. Surtout si elles se trouvent en débord chez un client. D’où l’intérêt de Find It, une solution IoT proposée par AS 24. La plateforme télématique est couplée à un boîtier de géolocalisation embarqué à l’avant des véhicules. En utilisant le réseau bas débit de Sigfox, le boîtier transmet les données de positionnement en temps réel via. Grâce à cette remontée d’information, le transporteur géolocalise instantanément remorques, semi-remorques et autres caisses mobiles.

Un gain de temps qu’apprécie Eychenne Transports et Logistique. Basée à Plaisance-du-Touch (31), cette PME compte 220 salariés dont 180 conducteurs. Elle gère un parc de 140 moteurs et 200 remorques de tous types. Dont un certain nombre sont en débord chez ses clients.

« Grâce à Fint It, nous connaissons aussi le taux d’utilisation de toutes nos remorques et semi-remorques. Ce qui nous aide à analyser nos coûts et à optimiser notre flotte en priorisant nos investissements », fait valoir Olivier Eychenne, directeur général de l’entreprise. Cette solution est déployée depuis un peu plus d’un an sur l’ensemble de la flotte d’Eychenne Transports et Logistique. À l’exception des remorques frigorifiques. En effet, celles-ci sont équipées de boîtiers dédiés qui remontent les données de géolocalisation et de température. Du coup, les exploitants doivent consulter deux écrans.

© Eliane Kan / Agence TCA

SGDBF économise 1,35 million de litres de gazole par an

Outre la lutte contre la fraude et le vol de carburant, Saint-Gobain Distribution bâtiment France utilise le service Alertgasoil d’Avenir Développement Durable pour mieux piloter sa consommation de ses 1 000 véhicules.

Pour ses 1 000 véhicules, le service Alertgasoil permet d’économiser 10 % sur la consommation de carburant.
© Avenir Développement Durable

En 2017, les tarifs du gazole avaient bondi de 16 % et de près de 20 % l’année suivante pour culminer à 1,5331 euro en octobre 2018. D e quoiu pousser Saint-Gobain Distribution bâtiment France (SGDBF) à rechercher un moyen efficace pour piloter le poste carburant. « Nous avions besoin de réactivité pour obtenir des résultats », se souvient Stéphane Zaouch, chef de produit logistique chez SGDBF qui, dès 2018, se tourne vers le service Alertgasoil d’Avenir Développement Durable.

Après une période de test de trois à quatre mois sur une vingtaine de véhicules 19 au 32 tonnes avec des grues embarquées, SGDBF enregistre des économies 10 % à 16 % de carburant. L’année suivante, la solution se retrouve sur 300 véhicules. Soit près d’un tiers de la flotte captive. « L’économie de carburant atteint une moyenne de 10 % », constate Stéphane Zaouch. Fin 2020, SGDBF équipe alors les 1 000 véhicules de sa flotte en maintenant l’objectif d’économiser 10 % du poste carburant. Soit 1,35 million de litres par an !

Autre effet, la fraude s’est immédiatement résorbée. « En revanche, nous ne réduisons pas le nombre des vols externes de carburant, de 1 % à 1,5 % du poste (environ 120 000 à 150 000 litres sur l’année), mais les quantités volées qui, en moyenne, passent de 200 litres à 20 ou 30 litres grâce au déclenchement de la sirène. La plus la plupart du temps, nous retrouvons le bidon avec le tuyau de siphonnage et le carburant », confie Stéphane Zaouch.

Outre la lutte contre le vol et la fraude, l’intérêt d’Alertgasoil réside principalement dans les outils de pilotage de la consommation, associés à des formations à l’écoconduite. Convaincu par les capacités de pilotage d’Avenir Développement Durable, SGDBF lui demande désormais d’étendre sa collaboration à la gestion des données sociales et des énergies alternatives.

© Erick Haehnsen / Agence TCA

Les IoT au cœur de la livraison du dernier kilomètre

Dans le cadre d’un projet de l’Ademe, le transporteur SEV instrumente à Montpellier la livraison propre avec des IoT connectés à la plateforme de Sinox.

Spécialisée dans la livraison urbaine durable et écologique pour le dernier kilomètre, Services Ecusson Vert (SEV) collecte 1 800 par jour colis chez Amazon Logistics, DHL, Fedex, Mondial Relay, UPS, etc. Soit avec des utilitaires légers thermiques de 12 m³ soit avec des VUL électriques de type Nissan EMV200 Voltia de 8 m³. Ensuite, à partir de son espace logistique urbain (ELU) de 200 m² à proximité du centre-ville de Montpellier (34), la société, créée en 2017, livre plus de 1 000 commerçants et particuliers par jour avec des triporteurs à assistance électrique, des robots mobiles et des véhicules électriques (VE) électriques de 4 m³.

Forte d’un chiffre de d’affaires d’un million d’euros, SEV utilise Sofleet, la plateforme de gestion des IoT de la start-up montpelliéraine Synox pour la géolocalisation des véhicules, l’écoconduite et l’autonomie restante des batteries des VE. Le tandem participe à E-Logurba, lauréat de l’appel à projet Translog organisé par l’Ademe en faveur de la transition écologique du secteur logistique. « Aujourd’hui, pour livrer le même commerçant, je dois envoyer trois livreurs différents pour DHL, Mondial Relay ou UPS, etc., déplore Christophe Caset-Carricaburu, président de SEV et vice-président du cluster We4log. Pour décongestionner la ville, il faudrait massifier les flux et mutualiser les livraisons avec le même véhicule. »

Certains IoT vont servir à optimiser la volumétrie de charge utile restante dans le véhicule. En collaboration avec Renault et Twinswheel, SEV teste alors des caisses connectées qui indiquent leur taux de remplissage. Une fois vidées, d’autres viennent les remplacer. Les IoT sont également installés sur des places de livraison connectées afin d’en réserver la disponibilité. Enfin, des capteurs vont aussi mesurer la pollution de l’air dans la ville. Autrement dit, les IoT propulsent la livraison du dernier kilomètre au cœur du fonctionnement de la Smart City.

Avec les IoT, SEV et Synox placent la livraison du dernier kilomètre au cœur de la Smart City.
© SEV

© Erick Haehnsen / Agence TCA