Vers une chaîne de valeur cohérente les sciences du vivant

[Paru le 20/10/17 dans Les Échos]. En misant sur l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire (IPMC), l’Institut Sophia Agrobiotech, Université Nice Sophia Antipolis et l’Université Côte d’Azur, le technopôle fait le lien entre santé, environnement et bien être. Par Erick Haehnsen

Laboratoire de recherche du centre INRA de Sophia-Antipolis. © INRA

En seconde position après le numérique, les sciences du vivant veulent se tailler une place au soleil à Sophia Antipolis. Dans le cadre de l’opération d’intérêt régional (OIR) Thérapies innovantes et d’actions structurantes, comme les laboratoires d’excellence (Labex) et l’initiative d’excellence (Idex), le technopôle veut créer une chaîne de valeur complète autour de la santé, des biotechnologies, de la Silver Economy et de l’agro-écologie. Fort de la présence de 45 sociétés employant 2 400 salariés pour de près de 800 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé (CCI Nice Côte d’Azur, 2017), le technopôle a acquis un rayonnement international.

Laboratoires d’excellence

Côté santé, Sophia Antipolis s’appuie en premier lieu sur l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire (IPMC), un centre de recherches pluri-thématique en biologie, associant le CNRS et l’Université Nice Sophia Antipolis (UNS). Lequel rassemble 73 chercheurs, 19 équipes de recherche et trois Labex ainsi que des dizaines de brevets. Ce qui lui a valu, entre autres prix et distinctions, la médaille d’or du CNRS attribuée à Michel Lazdunski en 2000 pour ses travaux sur les canaux ioniques. « À savoir des cibles pharmacologiques importantes pour le diabète et les maladies cardiovasculaires ou psychiatriques dont sont tirés beaucoup de médicaments, précise Pascal Barbry, directeur de l’IPMC. L’institut rassemble des chercheurs très en pointe en matière de maladies neurodégénératives. » Notamment avec l’équipe de Frédéric Checler, grand spécialiste de la maladie d’Alzheimer.

Pour leur part, Eric Honoré, directeur de recherche, et Grégoire Savary, doctorant, ont reçu chacun un prix de la Fondation pour la recherche médicale. Le premier pour ses travaux sur les canaux ioniques afin de venir à bout de la polykystose, une maladie génétique incurable qui affecte 60 000 patients en France. Le second pour ses recherches sur la fibrose pulmonaire idiopathique qui crée de sévères insuffisances respiratoires. Ces distinctions ne sont pas étrangères à la labellisation en 2008 des trois Labex de l’IPMC : DistAlz (Alzheimer), ICST (canaux ioniques) et Signalife (signalisation moléculaire) qui sont associés au projet France Génomique centré sur l’Institut de génomique d’Evry.

Agrosciences et écoinnovations

Utiliser des moyens naturels pour protéger les cultures agricoles contre les maladies, les insectes et les champignons. © IPMC

Autre projet majeur, l’Idex Jedi (Joint Excellent & Dynamic Initiative) qui organise les interactions entre universités intensives en recherche, notamment l’Université Côte d’Azur et celle de Grenoble Alpes. « Avec une dotation de 15 millions d’euros par an sur quatre ans attribuée cette année, l’Idex fédère l’université mais aussi les centres de recherche (Inria, Inra, Inserm) ainsi que des écoles d’ingénieurs », précise Jean-Marc Gambaudo, président de l’Université Côte d’Azur. L’intérêt : former une sorte de macro-université capable d’attirer des chercheurs de haut niveau, des étudiants et des entreprises non seulement en France mais aussi à l’international. « Nous avons lancé un appel à projets. 40 entreprises innovantes ont répondu et 10 ont été sélectionnées », reprend Jean-Marc Gambaudo. Dont la prometteuse start-up Mycophyto qui développe des souches de champignons (les mycorhizes indigènes) pour protéger, de façon naturelle, les roses cultivées de plein champ utilisées par l’industrie du parfum de Grasse. D’autres plantes devraient suivre.

« A l’heure actuelle, l’enjeu des agrosciences et des éco-innovations, c’est justement de trouver des alternatives aux produits chimiques (engrais, pesticides), de passer de l’agrochimie à l’agrobiologie en comprenant l’écosystème du plein champ, les défenses naturelles des plantes ainsi que les interactions avec les micro et marco-organismes », soulève Pierre Abad, directeur de l’Institut Sophia Agrobiotech (INRA/CNRS). Ces recherches, qui se positionnent sur le marché des produits phytosanitaires (40 milliards d’euros par an dans le monde, selon Dunham Trimmer LLC), débouchent sur des systèmes qui captent 5% des ventes, en croissance de 15% à 20% par an. Encore faut-il accélérer les recherches et leur valorisation. D’où le projet Sables (Sopia Atipolis Biotechnologies en environnement et santé) qui vise à mutualiser des ressources entre l’IPMC et l’Institut Sophia Agrobiotech. Les deux instituts lorgnent sur le site de Galderma (20 000 m² couverts) qui sera prochainement laissé vacant. Un coup dur que les acteurs locaux s’efforcent de transformer en opportunité – ce fut le cas avec le départ d’Intel qui a fini par aimanter Renault Software. Notamment pour attirer de nouvelles entreprises et un incubateur à start-up.

Erick Haehnsen