Un nouveau cap pour Peer2Me qui se réinvente dans la digitalisation des magasins

[Paru le 06/03/2018, dans Les Echos] À l’origine spécialisée dans la fourniture de services de R&D, cette entreprise a fait pivoter son activité en lançant en 2016 What The Shop, une plate-forme qui aide les magasins à se digitaliser. Un virage que son fondateur a pu négocier en s’associant à deux autres experts de la data.

De gauche à droite, Antoine Ruff CTO, Lionel Avot CEO, Frank Grunwald COO.
© Peer2Me

La disparition des magasins n’est pas inéluctable. À condition de savoir exploiter les données client et, aussi, de remettre de l’humain dans les espaces de vente. Cette vision est défendue par Peer2Me, l’entreprise qui édite What the Shop. Cette plate-forme digitalise les magasins pour les aider à analyser le comportement de leurs clients et les fidéliser. Un an après son lancement, elle compte une cinquantaine de clients dont La Française des Jeux, Fleux’, Point Relay et PSA. Leurs magasins accueillent des boîtiers équipés d’une carte SIM. Conçus sur mesure, il en existe ainsi plusieurs centaines d’exemplaires qui captent les signaux WiFi des smartphones présents. Ces données collectées sont envoyées vers la plate-forme pour être traitées par des algorithmes de Machine Learning développés en interne de manière à bien identifier les clients des simples passants. « Dès lors, les magasins peuvent identifier quels sont les rayons qui attirent le plus de monde et y affecter le bon nombre de vendeurs », explique Lionel Avot le CEO de What the Shop, un des trois actionnaires de l’entreprise.

Ce jeune quadra, diplômé de l’Essec, a démarré sa carrière en gérant les cartes de fidélité des supermarchés Champion. Une expertise qui l’a conduit à créer en 2008 Nexdata, une société spécialisée dans la création et l’animation de base de données pour le e-commerce. C’est durant cette période qu’il rencontre ses futurs associés. En l’occurrence, Antoine Ruff, expert en statistiques et diplômé d’un master en Mass (Mathématiques appliquées en sciences sociales) de l’université Paris Dauphine et Frank Grunwald, ingénieur en informatique formé à l’Epita. C’est d’ailleurs ce dernier qui a créé en 2006 Peer2Me. « À l’origine, notre activité consistait à apporter des solutions techniques aux projets marketing de nos clients », rapporte Lionel Avot qui est entré, avec Antoine Ruff, au capital de l’entreprise après avoir revendu Nexdata au groupe Lagardère en 2011. « Pendant trois ans, j’étais un associé dormant mais au fil des échanges avec Antoine Ruff et Frank Grunwald nous avons eu l’envie de retravailler ensemble. » Le trio décide alors de se lancer dans la digitalisation des points de vente sachant que tous les trois disposent d’une forte expertise dans la data.

Plutôt que de créer une nouvelle structure, les trois quadras décident de conserver Peer2me. La PME comptait une poignée de salariés contre douze collaborateurs à ce jour dont huit ingénieurs, deux chefs de projet et deux statisticiens. « Avoir une solide équipe technique, c’est vital pour le succès de l’entreprise mais il faut aussi que son projet ait du sens », soulève Lionel Avot. Lequel se bat pour que les générations futures fassent leurs courses non pas uniquement en e-commerce mais aussi dans des magasins en dur. D’où l’impérieuse nécessité pour ces derniers de disposer des mêmes outils. Outre l’analyse comportementale des acheteurs, What The Shop va jusqu’à délivrer des offres personnalisées. Des messages invitent ainsi les clients à se connecter au portail WiFi du magasin afin de participer à des jeux, obtenir des promotions et des réductions personnalisées. Pour y parvenir, l’application se connecte à des bases de données décisionnelles, en l’occurrence celles de SAS ou Microsoft. Objectif : proposer des offres ciblées sur la base de l’historique d’achat ou de navigation du client. Mieux encore, s’il accepte d’être géolocalisé dans le magasin lors de sa prochaine visite, il se verra proposer des offres tenant compte des rayons où il s’est arrêté. Des arguments qui séduisent. La plate-forme, dont le développement a été autofinancé pendant deux ans, a généré en un an plusieurs centaines de milliers d’euros. C’est mieux que ce que procure l’activité de R&D que Peer2Me continue à délivrer à quelques clients historiques.

Eliane Kan