Rouler pour recharger les véhicules électriques

Afin d’étendre l’autonomie des véhicules électriques, les projets de route électrique à recharge dynamique se multiplient dans le monde. L’idée, c’est d’alimenter en continu les véhicules par des systèmes à induction électromagnétique.

Vue d’artiste du projet britannique Highways England. Les pistes à recharge inductive dynamique sont sur les cotés (à gauche puisque nous sommes au Royaume-Unis). © Highways England

A côté de la route solaire de Colas, la route électrique à recharge par induction électromagnétique vise à accélérer l’électromobilité. Point fort, cette technologie affranchit les véhicules électriques (VE) de leur cordon d’alimentation. En effet, elle transmet l’électricité d’une bobine de cuivre noyée dans le sol et reliée au secteur vers la batterie du véhicule. Il existe aussi des systèmes avec caténaires et lignes aériennes ou avec sabot et rails conducteurs. Dans le projet Corri-Door, version française du programme européen Trans-European Transport Network (TEN-T), l’induction se concrétise dans près de 200 stations de recharge rapide (30 minutes), véhicule à l’arrêt. A présent, elle devient  »dynamique » en s’étendant aux véhicules en déplacement. « L’idée, c’est de les alimenter pendant qu’ils roulent », souligne Joseph Beretta, président de l’Association pour le développement de la mobilité électrique (Avere France). A l’étape de prototype, les projets se multiplient.

Siemens en Suède et en Californie

Inauguré le 29 juin dernier pour 2 ans sur une autoroute au nord de Stockholm (Suède), le procédé eHighway de Siemens, est la première autoroute électrique au monde. eHighway recourt aux camions hybrides de Scania, équipés d’un pantographe sur le toit.
© Siemens

A commencer par le réseau de caténaires pour camions et bus de Siemens, comme l’illustre le projet eHighway en Suède, la première autoroute électrique au monde, inaugurée le 29 juin 2016 pour une période de 2 ans sur 2 km d’un tronçon de l’autoroute E16, au nord de Stockholm. eHighway recourt aux camions hybrides de Scania qui les a équipés d’un pantographe sur le toit (comme pour les trains). Grâce à un capteur intelligent, cet équipement connecte le camion à la ligne électrique aérienne et s’en déconnecte automatiquement lorsqu’il quitte cette route. Les camions sont ainsi alimentés en électricité tout en roulant à la vitesse de 90 km/h. Pour 2017, Siemens prévoit un autre chantier d’eHighway en Californie, cette fois-ci avec Volvo Trucks.

 

Alstom s’inspire du tram bordelais pour les bus

Alstom étend aux camions de Volvo son système d’alimentation électrique au sol pour tramways sans caténaire. © Alstom

De son côté, Alstom étend aux camions de Volvo son système d’alimentation électrique au sol pour tramways sans caténaire, comme à Bordeaux. L’industriel se positionne également en Suède, dans le cadre du projet européen de R&D Fabric (Feasibility Analysis and Development of On-Road Charging Solutions for Future Electric Vehicles) sur une route expérimentale de 435 m de long à Hällered près de Göteborg. Cette technologie met en œuvre deux rails d’acier sur 275 m affleurant l’asphalte de la route qui délivrent une tension de 750 V. L’électricité est transmise via un pantographe de sol fixé au camion qui peut rouler jusqu’à 100 km/h.

Sociétés d’autoroute : vendre la recharge dynamique

La piste à induction électromagnétique dynamique de Vedecom, à Satory (Yvelines) a commencé ses tests à base d’un système de l’américain Qualcomm.
© Vedecom

Toujours au sein de Fabric, l’institut français de transition énergétique Vedecom teste depuis novembre 2016 le système inductif dynamique de l’américain Qualcomm sur son site de Satory (Yvelines). Lequel dispose de deux pistes de 2 km et 3,4 km, dont 100 m pour l’inductif dynamique. « Nous sommes les seuls au monde à accepter simultanément 2 véhicules sur la piste », souligne François Colet, chef de projet Systèmes de charge innovants chez Renault et Vedecom. Déjà impliquées dans le projet Corri-Door, les sociétés d’autoroute (ainsi que leurs filiales de TP) y voient l’opportunité de compléter leurs recettes de péage routier avec la recharge dynamique des batteries. Reste une question de taille : où mettre la voie inductive : à droite ou à gauche dela route ? Pour les Britanniques, ce sera à gauche si l’on en croit Highways England qui étudie la faisabilité de son projet sur 18 mois depuis juin 2015.

Quelles que soient les solutions technologiques qui émergeront, la route électrique sera un marché très porteur pour les entreprises de BTP. « Dans les 10 à 20 prochaines années, la route inductive va susciter un très grand nombre de chantiers mais de façon très diffuse et progressive, prophétise François Colet. Notamment à la faveur de la réfection des tronçons de route. »

© Erick Haehnsen / TCA-innov24