Prospective : la simplexité, ce n’est pas si compliqué

3ème édition du Printemps de la prospective le 20 mars 2015

Organisé par la Société française de prospective sur le thème
La simplexité : levier de changement pour un monde en transition, cette 3ème édition du Printemps de la prospective aura lieu ce vendredi 20 mars de 9 h à 18 h à l’hémicycle du Conseil régional d’Île-de-France, 57 rue de Babylone, à Paris.

La journée va s’articuler autour de 3 tables-rondes :  »Comprendre » (la simplexité),  »Anticiper » et  »Proposer ». Par ailleurs, 4 ateliers vont avoir lieu :  »Territoires »,  »Organisations » (la simplexité peut-elle aider les entreprises à gérer la complexité et l’incertitude),  »Problèmes mondiaux » (gérer par la simplexité la complexité croissante des sociétés humaines) et  »S&T, le numérique et le design ».
Pour s’inscrire : http://assosfp.wix.com/p2-2015-simplexite

La conduite de la prospective est majoritairement perçue comme stimulante

Selon le Baromètre de la prospective mis en place par la Société française de prospective en partenariat avec La Tribune, 357 personnes se sont aujourd’hui exprimées, dont 119 professionnels et praticiens de la prospective, 99 responsables d’entreprises et 75 élus et responsables d’administrations et de collectivités territoriales.

Quel que soit le type de répondants (entreprises, administrations et collectivités territoriales, professionnels et praticiens de la prospective) la notion de prospective est d’abord associée à l’anticipation (20%) et à la stratégie (15%). Les responsables d’entreprises l’assimilent cette notion à la vision (11,7%) plus souvent que les praticiens (8,5%) et les administrations (8,5%). En outre, la conduite d’un exercice de prospective est très majoritairement perçue par les responsables d’entreprises comme stimulante (38%) intéressante (26%) et fédératrice (16%). Ce rôle fédérateur est plus particulièrement souligné par les responsables des administrations et collectivités territoriales (20%).

La plupart des exercices de prospective se concentrent particulièrement sur les premières étapes : la connaissance et la compréhension des évolutions (32%) et la construction de scénarios (de 17% à 22% en fonction du type de répondants) aux dépens des phases de vision (13%), de construction de plans d’action (15%).

Quant aux exercices de prospective sollicités, ils portent sur l’aménagement du territoire (16,1%) et le développement local (14%) chez les administrations et collectivités territoriales. Les entreprises préférant s’interroger sur l’innovation technologique (16,3%), le développement (15,3%) et la création d’un nouveau produit (13,9%). On peut regretter que les questions sociétales (éducation, formation, égalité hommes/femmes) n’apparaissent pas comme des priorités pour demain dans les entreprises. De même pour le changement climatique (0,8%), la démographie (1,6%), l’emploi (2,3%) et la qualité de vie au travail (3,9%).

Interview

« Une des grandes questions de l’avenir concerne le système monétaire international »

Interview de Thierry Gaudin, fondateur en 1982 du Centre de prospective et d’évaluation du ministère de la Recherche et de la Technologie. En 1993, il publie 2100 : récit du prochain siècle (Payot). Il siège au comité directeur de la World Futures Studies Federation (WFSF) – Fédération mondiale des études prospectives – qu’il a présidée.

En quoi la prospective est-elle un instrument de pouvoir ?

Le prospectivisite Thierry Gaudin
© G. Tapovan

C’est plutôt un instrument que le pouvoir essaie d’utiliser lorsqu’il est inquiet. En général, les gouvernements en place fonctionnent sur les idées qu’ils ont déjà en tête. Il faut qu’ils soient vraiment très inquiets pour commander des études de prospective. Ce fut le cas aux États-Unis, par exemple, au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Après Nagasaki et Hiroshima, le gouvernement fédéral US a financé la Rand Corporation où travaillait un des pères de la prospective, Hermann Kahn sur des budgets liés au ministère de la Défense. En France, lorsque le Général de Gaulle est revenu au pouvoir en 1958, Gaston Berger, le père de la prospective française, a fondé un groupe qui a débouché sur la création du Commissariat général au plan. Lequel qui visait à faire de la France une puissance industrielle, économique et scientifique.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Aux États-Unis, il y a un vrai marché de la prospective qui prend sa source au DoD (Department of Defence ; ministère américain de la Défense). Lequel dispose d’une enveloppe annuelle de 600 milliards de dollars – soit la moitié du budget mondial de la Défense. Le DoD a toujours été le moteur d’expérimentation des nouvelles technologies. Même de celles de Google.

La propective est-elle une arme de propagande ?

Oui pour les États-Unis et les pays anglo-saxons qui sont les chantres de la doctrine de l’économie libérale. D’où l’idée d’un positionnement militaire de la prospective américaine. Or cette vision est critiquable : elle détruit la planète.

Chaque année, le Millennium Project sort le State of the Future. Qu’en pensez-vous ?

Ce programme est dirigé par Jerome C. Glenn dont le mentor, Ted Gordon, venait de la Rand Corporation. Chaque année, les prospectivistes de leur réseau reçoivent un questionnaire à remplir. Les équipes du Millennium Project mettent ces données en forme à leur manière pour éditer le State of the Future. Cette méthode collaborative implique les gens du monde entier dans la production d’une certaine image du futur… en espérant qu’elle fasse autorité.

Est-ce de la communication ou la prospective ?

Un peu des deux car les équipes du Millennium Project font très attention à l’aspect participatif mais, en fait, celui-ci est limité à ce qui n’est pas stratégique. Les Américains ont leur vision du futur. Mais celle-ci n’est pas forcément partagée dans le monde entier. Au contraire : des résistances se lèvent en Amérique latine, en Afrique, en Europe du sud, en Asie…

Quels sont les nouveaux Futurs ?

Je pense à l’écrivain et chercheur en économie chinois Hongbing Song qui, en 2007, publie
La guerre des monnaies pour faire comprendre à son peuple et aux dirigeants de la future première économie mondiale comment fonctionne le système financier mondial selon un axe Londres/Wall Street. La Chine va-t-elle alors transformer son yuan en devise internationale ? Par ailleurs, on compte aussi plus de 5 000 monnaies complémentaires dans le monde qui, en situation de crise locale, constituent des alternatives à la toute puissance des banques et à leur instabilité systémique. C’est le cas du WIR ( »nous » en allemand), une monnaie suisse inventée en 1934 par des entrepreneurs qui ont créé la banque coopérative du même nom pour compenser le manque de liquidités dû à la crise de 1929. Pas moins de 60 000 entreprises l’utilisent. Je pense aussi à la ville grecque de Volos qui a créé le TEM (Topiki Enalactiki Monada) pour aider les habitants à faire face à la crise économique actuelle.

Quel est le destin de l’Europe ?

Du point de vue économique, l’Europe est n°1 mondial. Comme ce n’est pas un état-nation, on a tendance à la minimiser. Or elle se renforce pas à pas, notamment en construisant l’Europe des régions. A l’intérieur, beaucoup dénigrent l’Europe. Mais en Afrique, en Amérique du sud et en Asie, nombreux sont ceux qui voudraient l’imiter : des d’États en paix dotés d’une monnaie coopérative. C’est un modèle, une référence internationale.

Propos recueillis par Erick Haehnsen © TCA / innov24

La prospective tricolore veut rassembler ses troupes

Après avoir démarré sur les chapeaux de roue dans les années 1950 et 1960, la prospective française a connu des hauts et des bas. Après la fragmentation, l’heure est au rassemblement.

Après la Seconde guerre mondiale, l’État français dirige tout : banques, assurances, télécoms, énergie, construction… Avec un objectif : reconstruire le pays et en faire une puissance économique majeure. Le général de Gaulle dote le pays deux puissants outils : le Commissariat général au plan (CGP). Créé en 1946, celui-ci définira, jusqu’en 1993, les plans quinquennaux de la planification économique et sociale. Et, en 1963, la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (Datar). En quelques années, la prospective s’institutionnalise avec la création du Centre international de prospective de Gaston Berger (1957), le Bureau d’information et de prévisions économiques (Bipe) de François Bloch-Lainé et Claude Gruson en 1958, le Club Jean Moulin (1958) qui regroupe les principaux hauts fonctionnaires du Plan, la Société d’économie et de mathématiques appliquées (Sema) de Jacques Lesourne (1960) et le projet Futuribles de Bertrand de Jouvenel (1960).

Âge d’or… et traversée du désert.

C’est l’âge d’or de la prospective française. « Cette période a été marquée par des savants à l’esprit multidisciplinaire, systémique et synthétique du XIXème siècle, souligne Fabienne Goux-Baudiment, présidente de la Société française de prospective. Durant les années 1970, jusqu’au milieu des années 1980, s’impose la vision des ingénieurs du XXème, celle de la prospective économétrique fondée sur les modèles mathématiques et la prévision quantifiée. » Même si la prospective n’a pas vocation à prévoir les événements, elle perd néanmoins en crédibilité : personne n’avait prévu ni inclus dans les scénarios le choc pétrolier, la chute du mur de Berlin et la dissolution du bloc soviétique. C’est la traversée du désert. La planification est en crise. Le VIIIème plan quinquennal n’est même pas mis en œuvre. « A partir des années 1980, de nombreux départements de prospective dans les ministères ferment », reprend Fabienne Goux-Baudiment, également dirigeante du cabinet Progestive. Il faut dire que la prospective française manque d’outils conceptuels et méthodologiques pour soutenir son développement théorique.

Prospective territoriale.

Amorcée en 1977 par la publication de Crise de la prévision, essor de la prospective de Michel Godet (PUF), économiste féru de mathématique, la prospective reprend des couleurs. Autre événement marquant en 1987 : le premier exercice de prospective régionale, Limousin 2007, qui sera traduit même en Chinois ! La prospective territoriale se développe rapidement durant les années 1990, tirant vers le haut la prospective d’entreprise. Avec l’éclatement de la bulle Internet, l’embellie sera de courte durée. Certes, bon nombre de collectivités territoriales disposent d’une cellule de prospective. De plus, des PME commencent à s’y intéresser. Par ailleurs, le CGP s’est peu à peu transformé en France stratégie (2013). Quant au ministère délégué à la Recherche, il vient à nouveau de se doter d’une cellule de prospective.

« Reste que, depuis les années 2000, la prospective est très fragmentée, regrette Fabienne Goux-Baudiment, qui, pour contrer cette tendance, a initié fin 2013 la Société française de prospective, une société savante à présidence limitée à 2 ans (non renouvelable) qui se structure en 4 commissions (organisations, territoires, sciences et technologies, prospective globale) avec un sous-groupe sur le climat. Outre le Printemps de la prospective (tous les 20 mars), nous proposons des journées exploratoires ainsi qu’un congrès tous les 2 ans sous forme d’un Bar Camp. »

Erick Haehnsen © TCA / innov24