MaaS, TAD… les acronymes qui montent

[Publié le 19/04/17 dans Bus & Car Connexion]. Big data + smartphone… les nouvelles technologies changent la vie des transports publics. Transport à la demande (TAD), offres de transport multimodales et multi-opérateurs, la révolution ne fait que commencer. Par Catherine Bernard

A Vitrolles, un service de TAD rénové a permis une augmentation de la fréquentation de la ligne.
© Transdev

+42% de fréquentation : Transdev se frotte les mains. A Vitrolles (13), le service Chronopro mis en place à la rentrée de 2016 transporte quelque 1 500 voyageurs par mois, contre environ un millier pour les lignes régulières qu’il a remplacées. Chronopro est le nouveau nom du service de transport à la demande (TAD) imaginé par l’opérateur de transport public contrôlé par la Caisse des dépôts. A première vue, rien ne distingue les bus et navettes qui l’opèrent des autres offres de TAD existantes.

Chronopro (Transdev) va s’étendre à d’autres veilles à la rentrée

Alain Pittavino, responsable métiers de Transdev, renouvelle l’offre de transport à la demande de l’opérateur.
©Transdev

« Mais ici, les trajets sont reconfigurables jusqu’à la dernière minute avant le départ du chauffeur », explique Alain Pittavino, directeur métiers chez Transdev. Concrètement, le voyageur réserve sur internet ou sur smartphone son trajet et le chauffeur, muni d’une tablette, optimise sa tournée, pour ne desservir que les arrêts où ses passagers vont monter ou descendre. « Dans des zones d’activité où les bus, autrement, sont contraints de tourner en permanence pour desservir tous les recoins du quartier, cela réduit très fortement le temps de trajet – et donc de roulage – de la navette », reprend Alain Pittavino. Avec, à la clé, à la fois une augmentation du trafic et une baisse des coûts de la ligne. Chronopro sera étendu, à la rentrée prochaine, à de nouvelles villes, en priorité dans des zones d’activités ou dans des zones peu peuplées. « On peut imaginer une ligne principale, combinée à un service Chronopro, permettant de desservir des hameaux », estime Alain Pittavino. Que les voyageurs non équipés ou non familiers du smartphone se rassurent : « Ponctuellement, les chauffeurs enregistrent directement les demandes des passagers sur leur tablette », assure Alain Pittavino.

Réserver jusqu’au dernier moment même par téléphone

Kara Livingston, directrice commerciale du groupe Keolis
© Keolis

Son concurrent Keolis, s’il intègre également la réservation par smartphone à ses nouvelles offres de TAD, préserve en revanche le canal traditionnel du téléphone : « Le transport à la demande s’adresse fréquemment à des personnes un peu fragiles », justifie Kara Livingston, directrice commerciale du groupe. Mais même ainsi, l’équation économique est grandement améliorée : « On sort du cercle vicieux dans lequel, puisqu’il fallait téléphoner la veille, peu d’usagers utilisaient le TAD, ce qui rendaient prohibitifs ses coûts. La possibilité de réserver jusqu’au dernier moment permet d’augmenter la fréquentation », insiste Kara Livingston.

Actionnaire de la société de VTC LeCab, Keolis croit aussi beaucoup au rôle des VTC collectifs dans le TAD. « Certes, nous faisions déjà appel à des taxis. Mais dans certaines villes, ils sont en nombre limité et l’utilisation de VTC peut aider au dynamisme du secteur, estime Kara Livingston. Le numérique et la multiplication des VTC constituent deux fondamentaux qui permettent de repackager totalement les offres. ». Bonne nouvelle donc pour les autorités organisatrices de mobilité. Du reste, le Syndicat des transports d’ïle-de-France (Stif) vient d’annoncer le déploiement d’un service de TAD régional et va expérimenter deux nouvelles lignes. La première, opérée par Keolis, partira de la gare de Louvre (95) à partir de 20h30 pour raccompagner les voyageurs venant du train de Paris à proximité de leur domicile. La seconde, opérée par Transdev, desservira la zone de Courtabeuf, au sud du plateau de Saclay.

Le modèle finlandais à l’honneur

Mais l’irruption du numérique a d’autres conséquences. « Je souhaite créer le Netflix du transport », affirme ainsi le finlandais Sampo Hietanen. Tout comme le géant américain propose des vidéos en illimité sur Internet, c’est un service global de mobilité à la demande que ce start-uper ambitionne de développer. Sa TPE, formellement créée début 2016, a déjà suscité intérêt partout dans le monde, au point que le français Transdev est désormais son plus gros actionnaire, avec 20% du capital ! Son nom est largement inspiré du monde informatique : MaaS Global, acronyme de « Mobility as a Service ». Son idée consiste à proposer un service si complet qu’il permette à tout un chacun d’abandonner sa voiture personnelle. « L’idée n’est pas de contraindre qui que ce soit mais de rendre la mobilité sans véhicule privé simple et compétitive », explique le PDG. Ce qui suppose, cependant, de mettre sur pied un service véritablement sans couture. L’abonnement à son offre, baptisée Whim, donne donc accès à tous les transports en commun de l’agglomération d’Helsinki mais aussi à des taxis, à des locations de voitures, à de l’autopartage et au service de vélo-partage de la ville. Le tout étant, bien entendu, couplé à une application qui calcule, en temps réel, les itinéraires intermodaux les plus courts et les mieux adaptés au budget. Les prix ? Quatre options sont disponibles : un modèle « Pay as you go », post facturé. Et trois forfaits, à 89, 249 et 389 euros mensuels, incluant des droits plus ou moins large à l’utilisation de taxis et voitures de location. A comparer à la dépense moyenne en transport qui, selon MaaS Global, atteint en Finlande 300 euros par mois, et même 500 pour les propriétaires de véhicules particuliers.

Sampo Hietanen, PDG de Maas Global. La start up finlandais a lancé des offres de mobilité globale dans la capitale finlandaise.
© MaaS Global

Lancée fin de 2016, l’application n’est pour l’instant ouverte qu’à 200 testeurs. Mais elle apporte déjà quelques enseignements intéressants. « Avant Whim, nos clients réalisaient 48% de leurs trajets en transports publics. Ce pourcentage s’élève désormais à 74% », assure Sampo Hietanen. La dépense moyenne s’élève à 150 euros par mois, la grande majorité des testeurs ayant pour l’instant choisi l’offre « Pay as you go », plutôt que les forfaits. « Ils ont notamment beaucoup augmenté leurs dépenses de taxis », note le fondateur. L’ouverture plus large du service est imminente. « Nous attendons simplement que tous les taxis d’Helsinki nous rejoignent. L’intégration d’une offre « parking » et « train » pourrait suivre rapidement », précise Sampo Hietanen. Prochaine étape : le lancement d’un service test similaire au Royaume-Uni, dans les West-Midlands, ce printemps. Une fois l’offre « transport » consolidée, la start-up se verrait bien intégrer d’autres services. « Puisque l’on passe environ 90 minutes par jour dans les transports, pourquoi ne pas proposer du téléconférencing, des services de livraison à domicile, des places de spectacles ? », interroge de surdoué du marketing qui compte aussi sur les offres promotionnelles que pourraient lancer certains partenaires transport, comme récompenser les utilisateurs fidèles des vélos en libre service.

En France, des expérimentations fleurissent

Les transports hexagonaux n’en sont pas encore rendus à ce « full MaaS » comme le décrit Isadora Verderesi, directrice de la Digital Factory de Transdev, une unité de l’opérateur qui développe des projets innovants. « Mais le MaaS est constitué de différentes briques : l’information multimodale et intermodale, ou encore le paiement. Et ces deux briques se développent dans l’Hexagone », précise-t-elle. En Île-de-France, la carte Navigo intègre désormais la location des vélos en libre-service (Vélib’, Cristolib, Velo2), le transport fluvial, et les abonnements aux espaces de stationnement Veligo et Parcs Relais et donne accès à Autolib’. D’ici 2020, la nouvelle « Smart Navigo » deviendra un porte-monnaie transport pour les voyageurs occasionnels. Et, pour les abonnés, elle inclura de nouveaux services avec paiement différé ajusté aux usages réels du voyageur. Le tout étant aussi disponible de façon numérique, sur smartphone.

L’application PBT de Keolis
©Keolis

Parallèlement, le syndicat va enrichir son système d’information pour que le calculateur d’itinéraires soit adapté au temps réel et permette même de prédire les temps de transport. L’Open Data (données ouvertes et partagées) permettra à des entreprises tierces d’offrir de nouveaux services. A Belfort (Connexion du 24/02/2017), la carte Optymo est, depuis 2013, « Triple Play », donnant accès aux transports en commun, aux vélos en libre-service et à l’autopartage. A Montpellier, la carte TAM donne accès aux bus et tramways, à l’auto- et au vélopartage mais aussi aux parkings de la TAM (voir encadré). L’application Optimod Lyon, développée notamment par Transdev, calcule de son côté les temps de transports en intégrant toutes les modalités. Keolis de son côté a lancé PlanBookTicket qui permet aussi d’intégrer, au cas par cas, différentes modalités dans le calcul d’itinéraires ou différents mode de ticketing (mobile notamment). A Bordeaux, l’appli de la TBM intègre ainsi transports publics, autopartage, vélos en libre service et covoiturage. « De plus en plus, notre métier consiste à intégrer différentes offres de transport, même si nous ne les opérons pas touters », explique Kara Livingston.

Ouvrir données et abonnements aux tiers

« Personne ne peut développer des services MaaS seul dans son coin », souligne Isadora Verderesi. Pour exister, ceux-ci supposent que tous les partenaires impliqués acceptent de rejoindre les offres de mobilité envisagées mais aussi d’ouvrir leurs données et leurs services. « Whim n’aurait jamais vu le jour sans la volonté déterminée du ministère finlandais des Transports qui a bousculé le secteur à partir de 2011 et nous a permis de nouer des partenariats et de profiter des données mises à notre disposition », renchérit Sampo Hietanen.

« Les autorités organisatrices ont un rôle crucial à jouer dans cet écosystème », renchérit la directrice de la Digital Factory. Elles doivent notamment être prêtes à autoriser des acteurs privés à « repackager » les abonnements de transports publics dans des offres plus larges, comme le fait MaaS Global à Helsinki. Un choix politiquement délicat mais qui peut être gagnant. Et Isadora Verderesi de prophétiser : « Si ces nouveaux acteurs ne font que revendre des pass transports, l’intérêt est moindre. Mais s’ils attirent vers le transport public de nouveaux usagers, alors oui, la démarche sera couronnée de succès. »

Catherine Bernard

Catalogue, le transport à l’ère du big data

Constituer un catalogue en Open Data et en Open Source (logiciels à code ouvert et libre), recensant, à l’échelle mondiale, toutes les données sur tous les modes de transport : l’ambition n’est pas petite mais Transdev y croit !  Fin 2016, le groupe a annoncé le lancement du projet Catalogue sur lequel tous les opérateurs du monde des transports – publics ou privés – sont invités à déposer leurs données en Open Data.

« L’idée est de proposer des outils aux producteurs de données qui veulent les ouvrir (analyse des jeux de données déposées par exemple) et leur permettre d’améliorer leur qualité et leur accessibilité. L’intérêt est qu’il y ait un endroit unique où tous les développeurs de service puissent trouver des données qualifiées, explique Isadora Verderesi. Et surtout, que tous soient mis sur un plan d’égalité par rapport à la donnée, pour que ces informations ne soient pas réservées aux géants de l’Internet. » Pour l’instant, seuls quelques jeux de données ont été versés dans Catalogue mais Transdev espère séduire de nouveaux contributeurs dans les six mois,et aussi de nouveaux partenaires. « Cette initiative n’ayant pas pour objectif d’être portée par Transdev seule mais par une gouvernance partenariale assurant sa neutralité », assure la directrice de la Digital Factory.

A Montpellier, la TaM en pointe sur le MaaS

A Montpellier, la carte TAM permet un accès et une facturation unique pour les transports publics, les vélos en libre service, l’autopartage, des parkings, et, bientôt, le stationnement en voirie.
© Transdev

A Montpellier, la carte TaM (Transports de l’agglomération de Montpellier) est un sésame quasi-incontournable pour qui veut gérer sa mobilité quotidienne. Elle ouvre en effet l’accès aux transports publics de la ville (trams et bus), mais aussi aux vélos en libre service, à l’autopartage, à neuf parkings, et, dès l’année prochaine , au stationnement en voirie. Elle n’est pas réservée qu’aux abonnés réguliers : les utilisateurs occasionnels peuvent l’utiliser, et charger des tickets selon leurs besoins. Depuis presque un an, toutes les opérations – de la commande de la carte à son rechargement – peuvent se faire via le site internet ou l’application.

Au global, la TaM enregistre 80 000 abonnés dont 14 600 qui, outre les transports en Commun (TC), utilisent le vélopartage, (la moitié de la fréquentation et un tiers de la recette du service en 2016). 11 600 abonnés utilisent le TC et le stationnement en ouvrage. Dans tous les appels d’offre pour les parkings en ouvrage est du reste spécifiée l’obligation de s’ouvrir à la carte TaM. Le système d’information est totalement ouvert et déjà utilisé par une société tierce, Modulauto, qui propose le service d’autopartage.