L’homme « augmenté » pour limiter la pénibilité dans les entrepôts

[Paru le 07/06/2018, dans La Tribune] Afin de réduire les risques d’accident et de maladie professionnelle sans perdre en productivité, les grands logisticiens testent des dispositifs qui soulagent et aident leurs salariés dans leurs gestes quotidiens.

Dans le secteur du transport et de l’entreposage non frigorifique, les accidents du travail et maladies professionnelles ont sensiblement augmenté. Entre 2015 et 2016, l’augmentation est respectivement de 5,5 % et de 13,1 % alors que le nombre des salariés n’a progressé que de 4,4 % pour atteindre un peu moins de 73 000 personnes, d’après les chiffres de la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts). Cette progression inquiète les acteurs. Notamment en raison de la difficultés dans les recrutements et l’allongement de la durée de vie professionnelle de leurs salariés dont la moitié a atteint 45 ans et plus. Dans ce contexte, le recours aux ergosquelettes, exosquelettes, lunettes à vision augmentée et autres Wearables s’annonce comme une voie prometteuse pour réduire la pénibilité du déplacement de charges lourdes ou des postures liées au picking (préparation de commandes).

Les salariés travaillant debout peuvent s’asseoir à tout moment sur leur ergosquelette.
© Noonee

D’ores et déjà, certains logisticiens ont sauté le pas. À l’instar de FM Logistic France qui teste des ergosquelettes afin d’aider l’opérateur à garder la bonne posture. Il s’agit en l’occurrence du « Chairless Chair » développé par la startup suisse Noonee. Destiné aux opérateurs en station debout, il se compose d’un harnais dorsal et de supports au niveau des jambes. Les opérateurs peuvent se déplacer et s’asseoir à tout moment pour soulager leurs membres inférieurs. Parallèlement, le logisticien prévoit de développer ses propres dispositifs d’aide à la manutention en partenariat avec l’Université de technologie de Compiègne (UTC).

L’opérateur porte des lunettes en réalité augmentée qui lui facilitent la tâche et réduisent les risques d’erreur.
© Nina Reppich pour Geodis

Geodis n’est pas à la traîne. Le groupe a expérimenté au Pays-Bas des exosquelettes du hollandais Laevo afin de réduire jusqu’à 50 % les tensions dorsales. Dans la foulée, le logisticien teste en Allemagne une solution de réalité augmentée dédiée au Picking. Conçue par la startup allemande Picavi, son système Vision Picking se compose d’une paire de lunettes connectées qui affiche dans le champ de vision de l’opérateur des instructions. Ce dernier localise ainsi les pièces à collecter et les tiroirs où les ranger. De quoi réduire les erreurs de préparation et s’épargner des déplacements inutiles. En effet, une fois la commande validée, les lunettes guident le porteur vers le lieu de stockage approprié. Grâce à cet accessoire connecté, Geodis estime gagner une dizaine de pourcents sur sa productivité.

Des gains en ligne avec ceux annoncés par DHL. Une de ses filiales basée outre-Atlantique a développé sa propre solution de vision augmentée que le groupe veut désormais étendre à l’ensemble de ses sites. Féru de nouvelles technologies, DHL a d’ailleurs testé l’an dernier un prototype d’exosquelette destiné au picking. Il a été conçu et réalisé par le français Exhauss. Le modèle final pèsera moins de 4,4 kgos pour 22 kg de capacité de charge. « À la différence de ses prédécesseurs, le « Picker » fournit à l’opérateur une assistance au soulèvement qui croit à mesure qu’il lève sa charge », indique Pierre Davezac, le PDG d’Exhauss. Fonctionnant mécaniquement et avec des vérins à gaz, cet exosquelette collaboratif sera commercialisé sous peu.

Eliane Kan