Les services au voyageur mettent de l’huile dans les rouages de la mobilité urbaine

[Paru le 15/05/2018, dans Les Echos] Informer au voyageur par Chatbot sur réseaux sociaux, guider les personnes aveugles ou malvoyantes sur smartphone en instrumentant arrêts de bus et stations de métro, fusionner dans un contrat universel tous les transports dans une même application… la mobilité urbaine ne peut se passer des services innovants.

Instrumenter les arrêts de bus et stations de métro permet de remonter l’information terrain pour mieux informer le voyageur.© Connecthing

Taxi, VTC, véhicules en libre-service (voitures, scooters, vélos), court-voiturage… les transports à la demande (TAD) ne cessent de se diversifier. Pour les autorités organisatrices de mobilité (AOM), l’enjeu, c’est de rabattre les voyageurs du secteur diffus vers les transports de masse (train, tram, métro, bus) afin de réduire la pollution due à l’automobile. Encore faut-il que les usagers disposent en temps réel de la bonne information au sein de supra-applications mobiles de transport. Information au voyageur (horaires, itinéraires, état du trafic), paiement sur mobile, ticket universel pour tous les segments du trajet… toutes les briques technologiques existent mais, pour l’heure, les systèmes d’information des différents opérateurs ne sont pas reliés entre eux. « Nous sommes à l’aube des applications globales qui devraient voir le jour d’ici cinq ans », explique Didier Brechemier, directeur associé, responsable du secteur des transports au cabinet d’analyse Roland Berger.

RATP Chatbot-beta fournit l’information au voyageur sur Facebook Messengeur.
© Destygo

En témoigne l’information au voyageur de la start-up Destygo qui génère des chatbots spécialisés dans l’univers du voyage, de l’hôtellerie et de la mobilité. A commencer par RATP Chatbot-beta lancé en décembre dernier sur Facebook Messenger. En premierlieu, ce bot offre la recherche d’itinéraires puis il s’étend aux horaires de passage à telle station de métro ou tel arrêt de bus ainsi qu’aux perturbations sur la ligne. Pratique en période de grèves des transports. « Nous avons également ouvert un service qui notifie les prochains passages ou les perturbations. Par exemple tous les matins à la même heure ou dans les prochaines minutes », indique Ilias Hicham, un des trois co-fondateurs de Destygo qui est incubée au Welcome City Lab de Paris & Co et collabore avec la RATP, la SNCF, TGV Lyria (Suisse), Iberia, Vueling et Aéroports de Lyon. Depuis son lancement, RATP Chatbot-beta compte 36 000 utilisateurs uniques, soit près de 1 500 utilisateurs actifs par jour.

a ville d’Austin (Texas) expérimente une applicaiton qui aide les personnes aveugles ou malvoyantes à utiliser le bus.
© Connecthing

De son côté, la start-up parisienne Connecthings instrumente, dans une soixantaine de villes dans le monde, les arrêts de bus, de tram ou les stations de métro de balises Bluetooth Low Energy (BLE) ou Beacon. Objectif : remonter l’information terrain vers les applications smartphone des AOM ou des villes. L’intérêt ? « Si le voyageur s’apprête à entrer dans le métro alors qu’il y a un incident, l’application lui conseillera de prendre le bus et lui indiquera le trajet jusqu’à l’arrêt, fait valoir Laetitia Gazel-Anthoine, la fondatrice et pédégère. Dans cet esprit, nous expérimentons pour 60 jours à Austin (Texas) avec RATP Dev, BlindSquare (GPS pour personnes aveugles ou malvoyante) et BlueCats (balises BLE) un système qui facilite la mobilité des personnes malvoyantes ou aveugles sur 16 arrêts de bus de Capital Metro. » L’application guide à la voix la personne jusqu’à l’arrêt et, à la sortie du bus, jusqu’à la destination finale.

Pour sa part, Mulhouse Alsace Agglomération expérimente mars dernier le « compte mobilité ». Une première en Europe ! En effet, l’utilisateur s’inscrit une seule fois et se retrouve connecté aussi bien au réseau de bus et de tramway Solea, à la location longue durée de vélos, aux parkings et à l’auto-partage de Citiz qu’aux bornes de recharge électrique, aux taxis, aux covoiturage, au co-stationnement ou encore au TER. Fort de son application smartphone et de sa carte électronique associée, le voyageur n’est facturé qu’à l’usage en fin de mois et peut suivre ses consommations. Bien sûr, la plate-forme fournit les horaires et permet de calculer les itinéraires. Pour l’heure, une cinquantaine d’utilisateurs pionniers testent ce service qui devrait pleinement entrer en fonction en septembre prochain.

Reste qu’étendre ce type de contrat universel de mobilité est un immense défi. « Il y des systèmes de transport « ouverts » où l’utilisateur porte ses droits sur sa carte pour libérer un vélo ou une voiture. Et d’autres services « fermés », comme le métro et le train où les droits sont stockés sur un support qui ouvre un portillon validateur, décrit Jean Coldefy, directeur du programme Mobilité 3.0 et administrateur de l’association Atec-ITS France. Interconnecter les deux types de services au sein d’une même architecture d’information permet d’éviter la rupture de support universel. Mais c’est d’autant plus coûteux que les actuels systèmes de billettique des transports en commun sont prévus pour durer 20 ans. Leur renouvellement ne se fera pas avant 2020-2022. »

Erick Haehnsen