Les robots intelligents cherchent à renouveler l’accueil et le guidage des clients

[Paru le 27/02/2018, dans Les Echos] Après smartphones et tablettes, les robots s’emparent de la relation client dans les magasins. Bien que leurs technologies d’intelligence artificielle manquent de maturité, nos amis à roulettes feront certainement partie de l’univers commercial.

 

Le robot Josie Pepper conçu par Softbank Robotics est déployé depuis février 2018 à l’aéroport de Munich. © Flughafen München

Josie Pepper, c’est le robot humanoïde conçu par Softbank Robotics, déployé depuis février 2018 à l’aéroport de Munich. Relié au cloud et doté d’un processeur haute performance, il compose des réponses personnalisées aux visiteurs. Le Deep Learning et le Machine Learning sont ainsi peu à peu intégrés à des robots afin d’autonomiser l’accueil et le guidage des personnes. « Le projet d’humanoïdes d’accueil, capables d’une intermédiation, est assez ancien. Ce n’est que récemment que les entreprises sont en mesure de réaliser des machines avec de réelles applications », confirme Jean-Claude Heudin, professeur et chercheur en Intelligence Artificielle (IA), fondateur de la start-up Artificial Creature. Mais on n’est qu’au tout début de l’histoire. « Les robots coûtent encore trop cher, doivent se recharger souvent et sont, pour la plupart, fragiles », souligne le chercheur.

Si c’est vrai pour Josie Pepper, ne l’est pas pour Keylo, le robot d’accueil à navigation autonome conçu par la start-up toulousaine Wyca Robotics, créée en octobre 2015 et incubée à Robotlab (Paris). « Robuste, Keylo se déplace même dans des environnements contraignants où il peut être bousculé, explique Matthieu Besozzi, co-fondateur de Wyca Robotics qui a bouclé une levée de fonds de 350 000 euros en 2017. Il est doté de lasers, d’odomètre et de caméras 3D. Le logiciel identifie les obstacles et calcule les trajectoires pour les éviter. » Voulant surfer sur la vague de la robotique de service, la start-up espère réaliser un chiffre d’affaires d’un million d’euros cette année.

Bornes d’accueil améliorées

Le robot d’accueil Heasy coûte environ 1000 euros par mois sur trois ans, software et maintenance inclus.
© Hease Robotics

À l’instar de Keylo et Pepper, les robots d’accueil bombent le torse pour intégrer un écran afin d’interagir avec le client. « Ce type de robots fait pour le moment office de borne d’accueil améliorée. Leur intelligence est encore loin d’être comparable à la nôtre, nuance Jean-Claude Heudin. Plus les tâches sont spécifiques et plus on est capable de faire des systèmes performants. Inversement, plus elles sont générales, plus elles réclament du sens commun. Et donner du sens commun à une machine, c’est un immense challenge en soi. »

 

Jade Le Maître est la co-fondatrice d’Hease Robotics, basé à Villeurbanne (69). © Hease Robotics

C’est pourtant de ce constat qu’est né le robot Heasy, de la start-up Hease Robotics, basée à Villeurbanne (69). Doté d’une reconnaissance faciale et de l’algorithme de navigation Slam (Simultaneous Localization and Mapping), il peut guider un utilisateur, répondre à ses questions, lire un code-barre ou envoyer des informations sur le téléphone des clients. « En créant l’entreprise en novembre 2016, nous avons voulu mettre les technologies robotiques au service d’un produit mature, précise Jade Le Maître, co-fondatrice de Hease Robotics. Actuellement, les bornes d’accueil sont de grands écrans un peu vieillots, qui ne prennent pas de data et sont souvent mal positionnés. Nous visons à les remplacer. » Parmi ses clients, le jeune entreprise compte Leclerc, Total, Keolis, Vinci et s’apprête à déployer un robot à la gare TGV d’Aix-en-Provence.

 

Intégrer un chatbot à un robot d’accueil

Le robot d’accueil intelligent de Wyca Robotics coûte entre 900 et 2000 euros par mois. © Wyca Robotics

De son côté, la start-up parisienne, créée en 2013, Clustaar (CA 2017 : 1,2 million d’euros, 15 salariés) analyse justement les données des moteurs de recherche pour apprendre aux chatbots à entretenir une conversation complexe, en langage naturel, avec un utilisateur humain. « Notre technologie est basée sur l’intention de l’utilisateur, quelle que soit la façon dont elle est formulée, indique Timothée Meuret, responsable du marketing. Grâce à notre technologie de machine-learning, Clustaar Deep Query, les chatbots sont auto-apprenants. » Si le cœur de cible de Clustaar est le robot conversationnel, son but est l’autonomisation de la relation client. La start-up travaille ainsi sur la conversation vocale. « Pour le moment, cela concerne des appareils de type Google Home. Pourquoi pas, à terme, intégrer cette technologie à des robots physiques ? » Passée par Lafayette Plug&Play, actuellement au sein du programme d’accélération d’Axeleo, Clustaar vient de lever 1,7 million d’euros de fonds pour accélérer la commercialisation de sa plateforme.

Caroline Albenois