Les nouveaux défis de l’assainissement

[Paru le 01/06/17 dans Les Échos]. En cas de pénurie, les eaux usées constituent un nouveau gisement pour arroser les espaces verts, nettoyer la chaussée ou irriguer les champs. Voire recharger les nappes phréatiques. De quoi faire de l’eau une ressource renouvelable. Par Eliane Kan

L’ONU encourage les Etats à réutiliser les eaux usées et traitées dans des stations d’assainissement. © D.R.

La demande en eau pourrait augmenter de 50 % d’ici à 2030. Or, avec le changement climatique, les rivières, lacs et nappes phréatiques risquent de subir des stress hydriques. Dans cette perspective, l’ONU encourage les Etats à réutiliser les eaux usées et traitées dans des stations d’assainissement. Les champs d’application sont vastes. « Certaines villes dans le monde et en France réutilisent les eaux usées pour nettoyer les chaussées, arroser les golfs ou les espaces verts, irriguer les champs », indique Marc-Yvan Laroye, directeur adjoint chargé de l’appui aux acteurs de l’eau et de l’environnement à l’Office international de l’eau. La prochaine étape sera de recharger les nappes phréatiques.

En France, où l’on dénombre 3.800 stations de traitement des eaux usées de plus de 2.000 équivalents habitants, une réglementation est à l’étude. Elle pourrait autoriser notamment la réalimentation des retenues d’eau ou de rivière. Vendée Eau, un gestionnaire d’eau potable qui approvisionne 264 communes du département, espère explorer cette dernière piste. Son projet s’inscrit dans la continuité du programme de recherche européen Demoware (2014-2016), auquel il a participé avec 26 autres partenaires. Financées à hauteur de 10 millions d’euros, les recherches ont permis de tester la récupération des eaux usées de Tarragone (Espagne) par une technologie d’osmose inverse pour un usage industriel.

« Notre projet vise à construire un démonstrateur d’ici à 2019 qui traitera les eaux usées sortant de la station d’épuration du Petit Plessis (Vendée) à l’aide d’une unité d’affinage membranaire ou par osmose inverse basse pression, ou encore par électrodialyse », indique Jérôme Bortoli, directeur général de Vendée Eau. Une fois traitées, les eaux seront transférées sur environ 25 kilomètres dans le milieu naturel. Plus précisément, dans la rivière du Jaunay, qui sert à alimenter une retenue d’eau et une usine de traitement d’eau potable. Pour le moment, Vendée Eau cherche à collecter des financements pour ce démonstrateur. L’enjeu étant d’étudier l’ensemble des impacts – dont l’acceptation sociale et sociétale du projet.

Valoriser les déchets, un enjeu majeur

La perspective de réutiliser les eaux usées soulève des questions sur l’abattage des micropolluants au niveau des stations d’épuration. « Pour l’heure, les gestionnaires n’y sont pas obligés mais des réflexions à ce sujet sont en cours, rapporte Marc-Yvan Laroye. Cela promet de bouleverser l’assainissement car on est dans des modalités de traitement plus fin, sachant que les pollutions moléculaires sont difficiles à enlever. »

Le surcoût pourrait être compensé notamment par la valorisation des déchets à la sortie de la station d’épuration. « C’est un enjeu majeur », estime Christine Gandouin, présidente de la commission assainissement de l’Astee (Association scientifique et technique pour l’eau et l’environnement). Des exemples existent, comme le projet Biovalsan, à Strasbourg, qui vise à valoriser les boues pour produire du biométhane.

Eliane Kan