Les Etats appelés à relever les challenges mondiaux de la consommation d’eau

[Paru le 01/06/17 dans Les Échos]. Avec l’accroissement de la population mondiale, il est urgent de résoudre les problèmes liés à la consommation d’eau, sachant que 800 millions de personnes en sont privées actuellement. Entre 3 et 4 milliards de personnes n’ont pas accès à une eau de qualité satisfaisante. Par Eliane Kan

Il est urgent de résoudre les problèmes liés à la consommation d’eau. © D.R.

D’ici à 2050, la population mondiale devrait passer d’environ 7 à 9 milliards d’individus. Cette croissance démographique va s’accompagner d’une augmentation des besoins alimentaires. Ce qui augure une pression plus grande sur la consommation d’eau, sachant que l’agriculture est la principale consommatrice d’eau douce. Laquelle s’élève à 4.000 km³ par an dans le monde. « L’agriculture en prélève 70 %, contre 12 % pour les usages domestiques et 18 % pour les usages industriels », indique Bruno Nguyen, consultant senior à la division des sciences de l’eau à l’Unesco.

L’accroissement de la démographie touchera principalement les villes de plus de 500.000 habitants, où se concentre déjà plus de 50 % de la population mondiale. Ce qui risque de compliquer davantage l’accès à l’eau potable des populations les plus pauvres. « On estime à 800 millions le nombre de personnes privées d’eau et entre 3 et 4 milliards le nombre de personnes n’ayant pas accès à une eau de qualité satisfaisante. Plus d’un tiers des habitants de la planète n’a pas accès à un assainissement décent », souligne, de son côté, le géographe David Blanchon, auteur de l’Atlas mondial de l’eau paru en 2009 et réédité en 2017.

Son ouvrage distingue trois groupes de population. Le premier, dont font partie les Occidentaux (Europe et Etats-Unis), accède à l’eau à plus de 99 %. Mais cette population est confrontée à des pollutions industrielles actuelles ou héritées de pratiques antérieures. Dans le second groupe, les populations situées en Afrique subsaharienne, en Amérique latine, en Chine et en Inde ne disposent pas d’un accès satisfaisant à l’eau, que ce soit en termes de qualité ou de pression. Quant au troisième groupe, qui englobe une vaste zone allant de l’Afrique du Nord à l’Iran et au Pakistan, ses principales difficultés concernent la forte pression sur les ressources. Les prélèvements d’eau – destinés principalement à l’agriculture – sont essentiellement effectués dans les nappes d’eau souterraines. Or, sur le long terme, la surexploitation des ressources souterraines pose de véritables problèmes. A l’instar du bassin du Mékong, au Vietnam, où les nappes phréatiques ne font plus contre-pression à l’eau de mer. Laquelle, en s’infiltrant, rend l’eau douce souterraine de plus en plus salée.

Les aléas du changement climatique

A la surexploitation de l’eau douce, s’ajoutent les aléas portés par le changement climatique. Ce phénomène induit une pluviométrie similaire mais répartie différemment dans le temps, c’est-à-dire alternant les périodes de sécheresse et de pluies abondantes. Autant d’aléas qui amènent les gestionnaires de l’eau à trouver des solutions. A commencer par le dessalement de l’eau de mer, l’exploitation des eaux pluviales ou encore la réutilisation des eaux usées après traitement. En Europe notamment, sa généralisation se heurte à l’absence de réglementation. Citons enfin « l’hydro-diplomatie « , qui consiste à établir un état des lieux entre voisins de sorte à trouver, en cas de pénurie, des solutions et des actions efficaces. Et Bruno Nguyen de rapporter : « 600 aquifères (des réserves d’eau souterraines) sont concernés, mais seule une poignée d’entre eux a fait l’objet d’un accord. « 

Eliane Kan