Le plan ETI de Bruno Le Maire en sept mesures

[Paru le 12/10/17 dans La Tribune]. Formation, fiscalité, baisse du coût du travail, innovation, filières industrielles, Europe, culture industrielle… Tels sont les sept défis du ministre de l’Économie et des Finances qui accompagneront la French Fab. Par Erick Haehnsen

Fait saillant, la formation est la première priorité de Bruno Le Maire. La tâche est à la fois immense et complexe car il s’agit de faire coïncider les besoins en compétences techniques et les offres de formation. « Certaines branches ont disparu, par exemple en Rhône-Alpes, celle de tricotage industriel », reconnaît Elizabeth Ducottet, présidente du groupe Thuasne, spécialisé dans les dispositifs médicaux textiles.

15 milliards d’euros pour la formation

Bruno Le Maire à la sortie de la conférence pour le lancement de la French Fab, le 2 octobre dernier. © Agence TCA

L’objectif revêt également une ambition sociale. « Nous mettrons en place un dispositif de formation de quinze milliards d’euros, pour tous les jeunes qui n’ont ni qualification, ni formation, ni emploi, et qui ne trouvent pas leur place dans la société, pour qu’ils puissent s’orienter vers des filières notamment industrielles », déclare Bruno Le Maire. Pour être efficace, ce dispositif réclame de  »vendre » auprès des jeunes une nouvelle image de l’industrie en tant que secteur créateur d’emplois et offrant des perspectives de carrière. Quitte à ce que la culture industrielle et scientifique irrigue le système universitaire, les CFA [centres de formation des apprentis], les lycées et même les collèges, en collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale.

Rupture fiscale

Autre grand défi, la fiscalité. Sur ce terrain, le gouvernement se veut disruptif : « Oui, nous allons mettre en place un prélèvement forfaitaire unique à 30 % sur les revenus du capital. Oui, nous allons supprimer l’ISF sur les valeurs mobilières […]. Oui, nous allons baisser l’impôt sur les sociétés, en le ramenant de 33,3 % à 25 % », martèle Bruno Le Maire qui se dit prêt à mettre en place un dispositif d’évaluation avec un comité associant la direction du Trésor, l’Insee, les parlementaires et la Cour des comptes pour faire le bilan de cette politique fiscale d’ici à deux ans. Concernant le coût du travail – le troisième défi -, le gouvernement maintient la baisse des charges sur les bas salaires dans le cadre du CICE qui sera transformé en allègements de charges directs en 2019. Mais Bruno Le Maire veut étendre ce dispositif au-delà de la limite de 2,5 fois le Smic. C’est la fin de la fiscalité  »punitive » « liée à la mentalité de la French Fab : faire de la France un territoire attractif », se réjouit Philippe Darmayan, président de l’Alliance Industrie du Futur (AIF).

Fonds pour l’innovation de rupture à 10 milliards d’euros

Quatrième défi, l’innovation. A cet égard, le crédit impôt recherche (CIR) sera sanctuarisé. Avec d’appréciables modifications en vue. « En avril 2018, nous porterons avec Benjamin Griveaux [secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, NDLR] un projet de loi de transformation des entreprises. Je souhaite que, dans ce cadre, nous puissions étudier les dispositifs de simplification du crédit impôt recherche pour que nos PME, nos TPE puissent y avoir accès plus facilement. » Espérons surtout que le CIR ne soit plus synonyme de fraudes organisées (faux rapports, brevets dans des paradis fiscal…) pour les uns et de contrôle fiscal pour les autres.

L’autre grande annonce de Bruno Le Maire, en matière d’innovation, c’est la création d’un fonds de 10 milliards d’euros, disponible dès 2018, en faveur de l’innovation de rupture, « celle qui ne rapporte pas tout de suite mais qui permettra à l’avenir de maintenir la France en tête des grandes nations industrielles », précise le ministre de l’Économie et des Finances. Ce fonds produira 200 à 300 millions d’euros disponibles par an, qui seront investis dans des grands projets d’innovation de rupture. » Notamment dans l’environnement.

Vers une Europe de champions industriels

Concernant l’Europe – sixième défi après celui des filières industrielles -, et notamment les critiques sur la fusion entre Alstom et Siemens, ou l’investissement de Fincantieri dans les Chantiers de Saint-Nazaire, Bruno Le Maire rappelle « qu’il n’y avait aucun concurrent chinois de taille respectable. » Aujourd’hui, CRRC est quatre fois plus gros qu’Alstom, a raflé tous les grands contrats en 2016 aux États-Unis et prospecte en République Tchèque… « Avec cette fusion, nous allons créer le deuxième champion industriel mondial du ferroviaire », insiste Bruno Le Maire qui dirigera le Comité national de suivi des engagements de Siemens vis-à-vis du gouvernement français. Enfin, le dernier défi du ministre porte sur le désir retrouver en France une culture industrielle, fondée à la fois sur les savoir-faire ancestraux et les innovations les plus pointues : « La culture française est marquée par la capacité à se réinventer. »

Erick Haehnsen