La mobilité bas carbone se donne un avenir électrique

[Paru le 12/12/17 dans Les Échos]. Fort d’un parc de bornes de recharge électrique qui se densifie, le véhicule électrique se développe même dans les zones péri-urbaines. Cependant, le véhicule électrique à pile à combustible commence aussi à faire ses preuves. Par Erick Haehnsen

Douze ans, c’est le délai dont disposent les Franciliens pour se convertir aux transports en commun, à la voiture électrique ou à hydrogène. Telle est la décision annoncée par Anne Hidalgo, maire de Paris, qui souhaite voir disparaître de la capitale les véhicules diesel pour 2024 et les voitures essence en 2030. Dans le sillage de la COP21, et face aux 48 000 morts prématurées chaque année en France dues à la pollution de l’air, selon une étude de l’agence Santé publique, de plus en plus de municipalités françaises optent également pour des transports propres. Une transformation qui passe par de nombreux partenariats public/privé (PPP).

Maillage des points de charge électrique

Joseph Beretta, président de l’Avere France. © Avere

 

Selon l’Association pour le développement de la mobilité électrique (Avere), il y aurait déjà 125 000 points de charges électrique en France : 51 % dans les entreprise, 36 % chez les particuliers ou en habitat collectif et 13 % en accès public – soit près de 20.000 répartis sur le territoire. « Pour l’instant, les points en accès public suffisent aux 135 000 véhicules électriques (VE) circulant en France, explique Joseph Beretta, président de l’Avere France qui prédit 100 000 points pour 2025. Ce maillage est essentiel au développement des véhicules électriques. » Avec 6,75 voitures électriques par borne, la France se situe dans la moyenne européenne par rapport au Royaume-Uni (8), la Belgique (9), l’Espagne (7), l’Italie (5) ou l’Allemagne (4).

Autopartage électrique

Clem développe 52 projets d’autopartage en zones péri-urbaines.
© Clem

Face au succès d’Autolib (Bolloré) en Île-de-France, à Bordeaux et Lyon, l’autopartage électrique fait des émules dans les hyper centres urbains. Notamment avec Yélomobile (La Rochelle), Auto Bleue (Nice), Twizy Way (Saint-Quentin-en-Yvelines) ou Mobee (Monaco). Même dans les zones peu denses. « Pour l’intercommunalité Ardenne-Métrople, 64 villes vont recevoir 149 stations de recharge et, à terme, 80 VE. Actuellement, c’est le plus gros projet péri-urbain en France », fait valoir Bruno Flinois, le président de Clem qui, avec 52 projets en zones péri-urbaines, vise les 1 000 voitures en autopartage électrique d’ici fin 2018. La formule fait recette puisque la start-up se développe à Philadelphie (États-Unis) et Hangzhou, près de Shanghai (Chine).

 

Biberonnage des bus électriques

Côté bus urbains, le « biberonnage » avance ses pions. Il s’agit de recharger partiellement la batterie du véhicule lors des arrêts aux stations ou aux terminus. Le bus peut alors démarrer son service avec seulement 20% ou 30% de charge, sachant qu’il sera approvisionné sur le trajet. Avantage : la taille des batteries est réduite puisqu’elles n’ont plus à tenir toute une journée. Les expérimentations se multiplient. À Grenoble avec un système par pantographe. À Bordeaux, par caténaires. Pour sa part, Genève ouvrira ainsi une ligne de bus électriques en 2018.

L’hydrogène : pour une production énergétique locale

La Société du taxi électrique parisien (Step) exploite à Paris 50 taxis (75 prévus fin 2017) à hydrogène sous la marque Hype. © Step

Autre grande voie de la mobilité bas carbone, la pile à combustible (PAC) qui, à partir d’hydrogène, produit de l’électricité et de l’eau. « On fait le plein en 2 mn au lieu de 20 mn à 90 mn pour en recharge rapide d’une batterie, souligne Mathieu Gardies, président et fondateur de la Société du taxi électrique parisien (Step) qui exploite à Paris 50 taxis (75 prévus fin 2017) sous la marque Hype. Avec des VE classiques, il m’aurait fallu 40 stations de recharge. Ici, une station, à Pont de l’Alma suffit. Nous en aurons une autre à Orly. » Par ailleurs, l’hydrogène est une énergie produite localement : « Grâce à des électrolyseurs, on valorise la production intermittente d’électricité renouvelable », résume Joel Danroc, adjoint au directeur du CEA. Un argument au cœur du projet ZEV qui prévoit en Auvergne-Rhône-Alpes 20 stations stations hydrogène, 15 électrolyseurs pour 1 000 véhicules à PAC.

Erick Haehnsen