La gestion durable mobilise les collectivités

[Paru le 01/06/17 dans Les Échos]. Soucieuse de préserver l’environnement et les ressources en eau, les métropoles et communautés d’agglomération multiplient les initiatives. ¤ Objectif : réduire les pertes d’eau potable dans les réseaux, éviter les inondations en gérant l’eau de pluie en amont et limiter les rejets de micropolluants dans la nature. Par Eliane Kan

Starsbourg veut limiter l’introduction de polluants dans son réseau d’eaux usées. © D.R. Strasbourg

Risques d’inondation l’hiver et de pénurie l’été, pollution des eaux usées… autant de menaces que doivent désormais gérer de façon durable les collectivités territoriales. C’est le cas notamment de la Métropole européenne de Lille (85 communes, 1,1 million d’habitants) qui a confié à Iléo, filiale de Veolia, la délégation de son service public d’eau. Dans cette perspective, ce fournisseur a déployé l’an dernier un centre d’hypervision développé par Veolia en partenariat avec IBM. Baptisé « Vig’iléo », il s’appuie sur 75 logiciels, dont du Big Data, afin de piloter en temps réel le 4e plus grand réseau de France. Constitué de 4.300 kilomètres, il sera instrumenté de sondes et d’un millier de capteurs mobiles d’ici à la fin de l’année. De quoi veiller à la qualité de l’eau, suivre les interventions des techniciens, mais aussi être alerté en cas de fuite sur le réseau. En France, rappelons-le, 20 % du volume d’eau potable est ainsi perdu. Avec Vig’iléo, la métropole espère améliorer les rendements de 80 à 85 % d’ici à 2024, de sorte à réduire les prélèvements dans la nature. Avec le changement climatique, beaucoup de villes sont menacées de pénurie d’eau mais aussi d’inondations dues à l’imperméabilisation des sols. En ruisselant sur les routes ou les aires de parking, l’eau surcharge les canalisations d’eau et les stations d’épuration. Ce qui engendre des risques d’inondation. Pour limiter ce danger, les collectivités doivent désormais gérer les eaux pluviales le plus en amont possible.

Corridor biologique dans le Nord

Une pratique lancée il y a vingt-cinq ans par la communauté d’agglomération du Douaisis (Nord). L’infiltration de l’eau de pluie est favorisée par des chaussées dites à « structure réservoir « , qui sont recouvertes de matériaux poreux, ou par des noues, sortes de fossés plats bordant les routes qui contribuent à la biodiversité. 25 % du territoire est ainsi géré par ces dispositifs. Résultat, le coût de gestion des eaux pluviales est inférieur de 30 % au prix payé par des territoires de taille équivalente. « En outre, ces techniques contribuent au renouvellement des nappes phréatiques, tout en créant un corridor biologique « , rapporte Jean-Jacques Hérin, directeur du pôle aménagement, réseaux et environnement de la communauté d’agglomération. Lequel se lance dans un nouveau chantier. Celui de vérifier que l’eau de pluie infiltrée en amont n’apporte pas de pollution aux nappes phréatiques.

La chasse aux micropolluants à Strasbourg

Une démarche entamée dès 2015 par l’Eurométropole de Strasbourg avec son projet Lumieau (lutte contre les micropolluants des eaux urbaines). D’une durée de quatre ans, celui-ci vise à limiter le rejet dans les égouts de molécules chimiques qui, même à faibles doses, peuvent être toxiques pour les écosystèmes. C’est le cas, entre autres, des composés organiques liés aux hydrocarbures et d’autres perturbateurs endocriniens. Ces micropolluants se trouvent dans les eaux usées provenant des ménages, des industriels et des artisans.

Le projet a consisté d’abord à les identifier et à les caractériser. Dans un second temps, des solutions de traitement et des produits à substituer sont testés auprès des ménages et des professionnels. Trois artisans coiffeurs, autant de menuisiers, de garagistes et de peintres se sont portés volontaires. Ces derniers ont ainsi pu tester des machines à laver les rouleaux. « Le second pan du projet visait à mener des campagnes de sensibilisation auprès des particuliers afin de les inciter, par exemple, à fabriquer eux-mêmes leurs produits ménagers », explique Maxime Pomies, chef de projet Lumieau à l’Eurométropole de Strasbourg, qui a prévu de mesurer l’impact socio-économique de ces différentes mesures, de sorte que l’Eurométropole dispose d’une boîte à outils pour hiérarchiser ses priorités d’action.

Eliane Kan