La connectivité des bâtiments, nouvel enjeu de l’immobilier de bureau

[Paru le 19/04/17 dans Les Cahiers Techniques du Bâtiment]. Dans les bâtiments HQE et les constructions en pierre, la réception des ondes GSM et Wifi est réputée difficile. Des solutions existent pour favoriser les usages mobiles et la connectivité des immeubles de bureau à Internet. Un enjeu pour les propriétaires de bureau qui veulent se différencier sur la qualité de leurs services. Par Eliane Kan

Les lampes encastrées dans le plafond permettent aux utilisateurs de se connecter sans fil à Internet.
© Lucibel

Quel est le point commun entre un nouvel immeuble HQE, une construction ancienne et une tour de bureaux en plein quartier d’affaires ? Dans ces trois types de construction, les utilisateurs  rencontrent souvent des difficultés à se connecter au réseau GSM. Voire même au réseau Wifi de l’entreprise. En cause, la présence de matériaux qui font obstacle à la propagation des ondes. Ce défaut pèse d’autant plus lourd que 80% des appels sont initiés à l’intérieur des bâtiments.

En réponse à ce problème de connexion, différentes solutions existent. D’abord, l’entreprise peut demander à son opérateur l’installation d’un répéteur afin d’amplifier le signal à l’intérieur des locaux. A défaut, l’entreprise peut souscrire à une offre de Small Cell auprès de son fournisseur télécom. Il s’agit d’un boîtier qui se connecte au réseau Internet afin d’autoriser les abonnés mobiles à recevoir leurs appels et les SMS. Le système présente néanmoins plusieurs limites. D’abord, il se limite à quelques utilisateurs qui doivent être préalablement déclarés auprès de l’opérateur. En outre, pour fonctionner correctement, cette technologie réclame d’avoir une bonne connexion Internet. Surtout, ce système est mono-opérateur. Or, les entreprises sont de plus en plus  souvent multi-opérateurs. C’est notamment le cas lorsqu’elles autorisent leurs salariés à utiliser leurs propres téléphones et tablettes pour travailler.

Le Das, une solution multi-opérateurs

Une problématique auxquels répondent les fournisseurs de Distributed Antenna Sytem (Das). Cette solution permet de récupérer le signal des antennes relais grâce à des émetteurs radios fournis et déployés par les opérateurs. Installés dans un local technique dédié, ces appareils sont ensuite reliés à différentes antennes disséminées dans le bâtiment. Lesquelles  diffuseront de manière homogène un signal de faible puissance. Dès lors, les utilisateurs pourront passer et recevoir des appels et se connecter sur Internet en 2G, 3G, 4G, etc. En pratique, les antennes sont reliées aux émetteurs radios par des câbles coaxiaux et par de la fibre optique si les bâtiments sont disséminés sur un même site. « Cette solution intéresse aussi bien les immeubles de grande hauteur, aéroports, entrepôts et centres commerciaux », indique François Munerot responsable de l’ingenierie radio chez Hub One, un fournisseur de services en technologies de l’information et de communication pour les professionnels.  Parmi les spécialistes françaises du DAS, il intervient notamment comme Neutral Host. Ce facilitateur de projet se charge d’agréger les besoins des utilisateurs, de réaliser l’ingénierie, le déploiement et l’exploitation des antennes dans le bâtiment. « Une fois le réseau mis en place, nous facturons le service aux utilisateurs et nous rémunérons les acteurs de la chaîne », explique François Munerot en citant pour référence le Das déployé au nouveau siège d’ADP à Roissy.

Certification pour immeubles connectés

La capacité d’un immeuble à se connecter à Internet va devenir un facteur différenciant pour le maître d’ouvrage, selon l’entreprise Wiredscore spécialisée dans la certification de la connectivité internet des bâtiments. « Depuis la création de l’entreprise en 2013, nous avons certifié 900 immeubles dans le monde dont près d’une quinzaine en France », rapporte Tarama Brisk, directrice générale en France de Wiredscore.

Connexion au Wifi par la lumière

Cette dernière enregistre un intérêt grandissant des maîtres d’ouvrage pour le Li-fi (Wifi par la lumière). Cette solution mise au point par le français Lucibel repose sur un luminaire conçu pour être connecté par câble à Internet. Dès lors, les utilisateurs présents sous le cône lumineux peuvent recevoir et transmettre des données à l’aide d’une clé USB également fournie par ce fabricant de luminaires. « Nous avons équipé depuis l’an dernier une trentaine d’immeubles et d’espace de bureaux dont la tour Ampère à La Défense », indique Edouard Lebrun, le directeur innovation de Lucibel. Les luminaires Li-fi sont installés là où le signal Wifi ne passe pas ou lorsque les bornes ne sont pas autorisées pour des raisons de santé.

 

Ce miroir intelligent oriente les ondes vers le smartphone.
© Greenerwave

Diminuer le rayonnement  électromagnétique dans les bureaux tout en optimisant la réception du signal Wifi, telle est la vocation des solutions développées par le français Greenerwave. Cette startup conçoit des sortes de miroirs intelligents qui orientent le signal radio existant vers l’antenne des tablettes, smartphones et autres appareils Wifi. Intégrés ou non dans un mur ou plafond, Ces panneaux comportent à leur surface des microcellules qui font office de réflecteurs pilotés par un contrôleur local. Ce dernier dialogue en mode bluetooth avec les appareils Wifi équipés d’une application fournie par Greenerwave. Le système est conçu de sorte que plusieurs personnes puissent simultanément contrôler et asservir le miroir à distance. « Au cours de ces prochains mois, des démonstrateurs seront  installé dans des tours HQE et des bâtiments anciens, indique Eric Labarre, le CEO de l’entreprise qui prévoit de lancer son offre d’ici six à 9 mois.

Eliane Kan