Impression 3D : les artisans devraient s’y mettre

[Paru le 13/04/16 dans Le Moniteur Entrepreneurs & Installateurs]. La fabrication additive commence à s’illustrer dans le gros oeuvre. Les procédés sont élaborés par des start-up d’&architectes, ingénieurs ou designers. Grands absents, les artisans du bâtiment pourraient s’y mettre grâce aux FabLabs. Par Erick Haehnsen

La Foldarap, l’imprimante 3D en Open Hardware que l’on retrouve dans un grand nombre de FabLabs. © Foldarap

De l’aéronautique à la mode, de la bijouterie au bâtiment, l’impression 3D étend chaque jour le champ de ses applications. En témoigne la société chinoise Yingchuang qui a dégainé la première dans le secteur du bâtiment. Plus connue sous le nom de WinSun Global, elle s’est mise dès 2014 à fabriquer, en quelques heures à peine, des maisons de 200 m2 en béton de fibres à l’aide d’une structure de 32 m de long, 10 m de large et 6,6 m de hauteur. « Nous avons acheté les composants de notre imprimante 3D à l’étranger et nous l’avons assemblée dans une usine de Suzhou », a déclaré Ma Yihe, le DG de l’entreprise. Honnêtement, ces premières maisons sont très laides mais pas chères : 3.500 euros pièce (enveloppe seule) ! À présent, grâce à des ajouts décoratifs (modénatures, colonnades…), Winsun a rajouté la corde du design à son arc.

Dans son sillage, l’américain Contour Crafting et le slovène BetAbram ainsi que les français Construction 3D et XtreeE s’engouffrent dans la brèche, attirées par un marché mondial de 4,579 milliards d’euros pour 2015 en croissance de 25,9%, selon Wohlers Associates. Citons aussi 3D Systems ainsi que des projets de l’Institute for Advanced Architecture of Catalonia (IAAC) qui utilise des robots assez petits capables d’imprimer de grandes structures. Plus exotique, l’Imperial College of London phosphore sur un système d’imprimante 3D à base de drone…

« On voit des architectes, des ingénieurs ou des designers qui montent leur start-up pour élaborer des procédés originaux de fabrication additive (l’autre nom de l’impression 3D). Mais les artisans du bâtiment sont les grands absents », constate, pour l’heure, le designer François Brument, commissaire de l’exposition Impression 3D au Lieu du Design à Paris qui planche sur des cloisons à base de sable intégrant des réservations pour les passages de fluides. Une chose est sûre : les artisans du bâtiment mettront le pied à l’étrier pour imaginer des pièces de petites dimensions ou des moules aujourd’hui très coûteux. Leur salut réside dans les FabLabs, ces lieux de partage de connaissances et d’outils (imprimantes 3D, machines à commande numérique…) et ouverts à tous. À l’instar de celui de Techshop Ateliers Leroy Merlin inauguré fin 2015 qui dispose de 150 machines sur 2.000 m2 à Ivry-sur-Seine (91).

Erick Haehnsen

Une ouverture internationale vers le e-commerce

Témoignage de Nadir Belghoul, cofondateur de The French Vikings. Cette entreprise parisienne de deux personnes est spécialisée dans le béton décoratif pour murs, dalles et lavabos.

Nadir Belghoul, cofondateur de The French Vikings. © D.R.

Plans de travail, murs, dalles, lavabos, éléments de décoration… la société parisienne The French Vikings vibre pour le béton décoratif. « L’intérêt de l’impression 3D, c’est la rapidité et le prix. Nous réalisons nos moules nous-mêmes en 4 jours pour presque rien au lieu de 30 jours avec des ouvriers spécialisés pour 3 000 euros », explique Nadir Belghoul, un des deux co-fondateurs qui s’est précipité au FabLab des Techshop Ateliers Leroy Merlin d’Ivry-sur-Seine (91) il y a juste 3 mois. « Nous avons suivi sept formations sur place : sur le logiciel de modélisation Fusion 360 d’Autodesk, en machines à commande numérique pour le bois, tours et fraiseuses mécaniques, scannage, découpe laser et bien sûr l’impression 3D. » Les deux associés ont mis un abonnement mensuel illimité à 180 euros et un autres à 90 euros limité aux soirs et week-ends. De quoi peaufiner la conception d’objets commercialisé sur la boutique électronique Etsy, ouverte au commerce international.