Écologique

[Paru le 19/03/2019 dans La Tribune] A l’approche des élections européennes, écologie rime plus que jamais avec social. Comme l’illustre le récent « pacte écologique et social » annoncé par Nicolas Hulot et Laurent Berger. De nombreux dirigeants montrent que l’écologie et le social relèvent du pragmatisme.

© Antoine Silvestri

Distiller l’écologie dans le management des entreprises revient à lutter contre la fin du monde et, à la fois, à batailler pour la fin du mois. Sur cette idée, dix-neuf organisations ont cosigné le 5 mars dernier un « pacte écologique et social ». Et ce, en réponse au grand débat national qui voudrait s’imposer comme la voie de sortie dans la crise des gilets jaunes. Annoncé dans une interview croisée de Nicolas Hulot, précédent ministre de l’Environnement, et Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, publiée par notre confrère Le Monde, ce pacte comporte 66 mesures.

Côté écologie, citons l’accès pour tous à un logement digne et économe en énergie ainsi qu’à une nourriture saine et écoresponsable. La mesure phare porte sur un « plan d’investissement public et privé dans la transition écologique à hauteur des 55 à 85 milliards d’euros manquants par an entre 2019 et 2023. » Côté social, le pacte prône de lutter contre les inégalités dans l’éducation et la formation, de généraliser les accords de qualité de vie au travail, de construire l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, d’instaurer une représentation pour la moitié des salariés dans les conseils d’administration et les conseils de surveillance. Autre ambition : rendre obligatoire la négociation dans les entreprises sur leur « raison d’être » (finalités économiques, sociales, environnementales, sociétales).

Et les entreprises pionnières de montrer la voie. En témoigne Marie-Françoise Brizard qui, avec son mari Luc, exploite un élevage de 50 bovins à la ferme Sainte-Anne en Mayenne : « Il nous a fallu 20 ans, depuis 1999, pour construire un agrosystème autonome et biologique, capable d’alimenter nos bovins. Pour y parvenir, nous pratiquons l’agriculture biologique de conservation. Laquelle réduit le travail du sol au minimum et s’affranchit des molécules chimiques (engrais et pesticides) afin de préserver des sols vivants. » Principale raison : « Donner du sens à notre métier et construire un système de santé qui va du sol jusqu’à l’Homme. » Rien de moins.

Marie-Françoise et Luc Brizard ne sont pas seuls. « On assiste à un véritable changement générationnel dans l’industrie, constate Stéphane Gilbert, président fondateur d’Aquassay, une start-up qui s’apprête à déployer ses boîtiers électroniques connectés conçus pour rationaliser les ressources en eau industrielle auprès de 200 usines dans 25 pays. Ces dirigeants de 40 à 60 ans ont intégré dans leurs processus de gestion la nécessité de préserver les ressources naturelles. L’écologie, c’est une meilleure rentabilité. Cette approche libère leur imagination et leur appétence pour les technologies innovantes. »

Illustration avec Emmanuel Brugger, 47 ans, DG de Cristel (12,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, 100 salariés), leader mondial dans le culinaire (casseroles et poêles) inox haut de gamme avec le concept à poignée amovible. « Nous avons commencé par concevoir des produits garantis à vie afin de rendre pérennes les ressources prélevées pour les fabriquer, explique-t-il. Dans cette logique, nous avons dû innover pour lancer le service de rechapage des produits revêtu d’anti-adhésif pour le tiers du prix. » Dans cet esprit, la société recycle intégralement l’eau qu’elle consomme et, depuis l’an passé, elle fonctionne ainsi en circuit fermé. Bien sûr, Cristel recycle ou valorise toutes ses déchets.

Reste à embarquer les collaborateurs dans cette démarche afin de bâtir une culture d’entreprise, notamment en embauchant un responsable Hygiène, Sécurité, Environnement (HSE). A cet égard, les référentiels des normes managériales ISO 9001 (assurance qualité), ISO 14 001 (environnement) et OHSAS 18001 (Sécurité et santé au travail) – bientôt remplacée par ISO 45 001 -, apportent également une précieuse aide méthodologique. Les sous-traitants ont particulièrement intérêt à s’y conformer. Notamment pour être référencés par les sociétés d’audit extra-financier comme Ecovadis qui qualifie plus de 20 000 sous-traitants pour 200 donneurs d’ordres dans le monde.

Erick Haehnsen