Echosens parée contre les menaces de contrefaçon

[Paru le 07/06/2018, dans Les Echos] Ce fabricant français a inventé une machine non invasive qui diagnostique les pathologies du foie. L’appareil fait l’objet de multiples contrefaçons venant de Chine. Pour lutter les contrefacteurs, la PME se fait notamment épauler en Chine par un prestataire local.

Laurent Sandrin, président d’Echosens doit faire face à la concurrence chinoise. © D.R.

Les pathologies du foie menacent d’exploser dans les pays développés. D’ores et déjà, on dénombre plus de 700 millions de personnes concernées par des maladies chroniques hépatiques. Parmi les plus prospèrent, la Nash (Non-alcoholic Steatohepatitis) appelée aussi « maladie du foie gras » peut dégénérer au fil des années et de manière silencieuse en cirrhose puis en cancer du foie. D’où l’intérêt de la détecter le plus tôt possible. Nul besoin d’ailleurs de procéder à une biopsie grâce au Fibroscan, une machine inventée par la PME française Echosens. Laquelle se base sur un brevet déposé en 1999 par plusieurs physiciens français dont Laurent Sandrin et le célèbre Mathias Fink. « A l’époque, j’étais un jeune doctorant », se souvient Laurent Sandrin, président d’Echosens qu’il a créée en 2001.

« Le Fibroscan est une solution non invasive qui mesure l’élasticité et l’atténuation ultrasonore du foie pour détecter la présence d’anomalies telles que la fibrose et la stéatose », explique Laurent Sandrin qui a développé la technologie d’élastographie impulsionnelle à vibration contrôlée (VCTE). Laurent Sandrin a déposé plusieurs brevets à partir de 2002 pour protéger son implémentation dans l’appareil. En résumé, cette machine intègre une sonde vibratoire qui, une fois posée sur la peau, envoie vers le foie des ondes de cisaillement dont la vitesse est mesurée par des ultrasons. « Les données sont ensuite analysées par des algorithmes maison qui n’ont jamais été publiés », fait valoir le dirigeant d’Echosens qui a vendu 4 500 exemplaires de sa machine depuis son lancement commercial en 2003.

En 2017, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 66 millions d’euros (en croissance de 27 % par rapport à 2016) avec 230 salariés dont 120 en France. L’essentiel des ventes est réalisé dans 70 pays dont la Chine qui accueillera une ligne de fabrication du Fibroscan dédiée au marché domestique. C’est ici d’ailleurs que siège un des principaux actionnaires d’Echosens, en l’occurrence le chinois Furui Medical Science. Ce groupe pharmaceutique chinois avait racheté l’entreprise en 2011 avant d’en ouvrir le capital à des investisseurs. Lesquels ont vendu cette année leurs parts au fonds Astorg. Le maintien de son actionnaire historique est essentiel à Echosens qui fait face depuis quelques années à la concurrence de contrefacteurs chinois. L’un d’entre eux est allé jusqu’à déposer en Chine un brevet qui ressemble, à quelques petites différences près, à la description du Fibroscan. Pour contenir les menaces, Echosens fait appel à deux cabinets spécialisés en propriété intellectuelle. Le premier opère pour tous les marchés tandis que le second se focalise sur la Chine où plusieurs procès sont en cours.

La bataille contre les contrefacteurs promet de s’intensifier. Le premier brevet déposé en 1999 puis racheté par Echosens en 2014 va tomber dans le domaine public en mars 2020, soit 20 ans après sa publication. Un terme que la PME a évidemment anticipé en déposant en 2002 le brevet de perfectionnement qui décrit la machine. « Nous avons d’autres brevets qui protègent notre technologie jusqu’en 2030 et 2035 et nous continuons à en déposer de nouveaux chaque année », indique le président d’Echosens qui compte au total 26 familles de brevets. Pour autant, la multiplication des brevets n’a pas empêché que des copies du Fibroscan apparaissent en Asie mais aussi en Europe. Une contrefaçon a même été exposée à Vienne (Autriche) en 2015 sur un congrès spécialisé dans l’hépatologie. La police a saisi la machine vendue par la société chinoise Hisky Medical technologies. Ce qui a donné lieu à deux procès successivement remportés par Echosens. Dans le dernier en date, le tribunal régional de Düsseldorf a interdit à l’entreprise chinoise de commercialiser son appareil en Allemagne.

Une nouvelle contrefaçon est sur le point d’être lancée. Mais Laurent Sandrin se dit confiant car il estime que la fiabilité de ses machines est difficilement égalable du fait que leur conception fait appel à des développements électroniques et logiciels qui ne se trouvent pas sur étagère. « Nous maîtrisons la totalité de la chaîne », indique le dirigeant, physicien de formation, qui en est à la troisième génération de sa plateforme. Ce dernier peut aussi compter sur les 2 000 publications scientifiques qui traitent des recherches menées sur des centaines de milliers de patients. De quoi convaincre les décideurs de privilégier la qualité plutôt qu’une machine sans doute moins coûteuse mais moins fiable et non validée cliniquement.

Eliane Kan