Coventya, associé à la recherche pour remplacer le chrome hexavalent

[Publié le 16/06/17 dans Les Échos]. Le chimiste Coventya mène une recherche sur un chromage non toxique. Il investit 150.000 euros et mobilise trois personnes sur quatre ans. Par Eliane Kan

Le brevet sur le chrome trivalent déposé en 2012 par Coventya a été amélioré par l’IRT de Metz. – Photo Benoit Decout/réa. © D.R.

Le 21 septembre 2017, l’Union européenne va soumettre à autorisation l’utilisation de certaines substances hautement toxiques dont fait partie le chrome hexavalent (Cr6+). « Ces sels sont employés en traitement de surface pour la réalisation de chromages durs sur des pièces destinées à l’aéronautique, à l’automobile ou encore à l’aérospatial », explique Thomas Costa, président de Coventya, un des leaders mondiaux des produits chimiques pour le traitement de surface. Créée en 1927, l’entreprise, dont le siège est basé à Villeneuve-la-Garenne (92), compte 630 salariés dont 35 ingénieurs et doctorants. Les efforts en faveur de la recherche ont été doublés depuis 2000. Ce qui a valu à Coventya de quadrupler son chiffre d’affaires, à 150 millions d’euros en 2016, dont 85 % à l’export.

Chrome trivalent

« Il y a trois ans, nous avons été conviés à participer à un projet qui vise à remplacer le chromage hexavalent par le chrome trivalent (Cr3 +) », explique Thomas Costa, chimiste de formation. Ces recherches sont portées par l’Institut de recherche technologique (IRT) M2P (matériaux, métallurgie, procédés). Créé à Metz, cet organisme met en commun du personnel et des moyens d’une quinzaine d’industriels et laboratoires de recherche. Le projet auquel est associé Coventya est financé à hauteur de 3,5 millions d’euros et implique notamment des collaborateurs de Safran et des chercheurs en traitement de surface, chimie et électrochimie de l’université de Franche-Comté et de Pau.

Un marché estimé à plus de 100.000 millions d’euros

Coventya mobilise trois personnes en interne et investit 150.000 euros sur quatre ans. L’entreprise détenait déjà un brevet de base déposé en 2012 sur le chromage fonctionnel des pièces de sécurité destinées à l’automobile et à l’aéronautique à base de chrome trivalent. Faute de moyens techniques, la PME n’a pu aller plus loin. « L’IRT a amélioré notre brevet en développant la formulation et des tests ont été réalisés dans les chaînes de traitement de conversion chimique de nos partenaires industriels. »

Les recherches devraient aboutir en 2019 avec l’arrivée des premiers produits sur le marché du traitement par chromage dur. Lequel est estimé entre 100 et 150 millions d’euros. « Nous espérons prendre de 10 % à 20 % de ce marché », indique Thomas Costa, qui déposera un nouveau brevet et rétrocédera à l’IRT des royalties. Pour l’heure, le pourcentage n’est pas encore défini. Il manque certains éléments (dont le périmètre de la technologie et la méthode d’application) pour entamer une discussion en bonne et due forme.

Eliane Kan