Concilier la qualité de l’air intérieur et la performance énergétique

[Paru le 18/04/17 dans Le Bâtiment Artisanal]. L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) révèle les résultats de deux études qui comparent les niveaux de qualité de l’air intérieur dans les bâtiments performants en énergie (BPE) et ceux de l’ensemble des logements français. Globalement, les BPE affichent de bons résultats. Sauf s’ils connaissent des dégâts des eaux ou s’ils comportent trop de bois. Par Erick Haehnsen

Cet analyseur BTEX (benzène, toluène, éthylbenzène et xylène en septembre). © In’Air Solutions

Qu’ils soient neufs ou rénovés, les bâtiment performants en énergie (BPE) offrent-ils également une bonne qualité de l’air intérieur ? Telle est la question que s’est posée dans son étude l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI). Financé sur fonds publics provenant de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et de différents ministères, cet institut créé en 2001 dispose d’un réseau d’une quinzaine de scientifiques que coordonne et opère le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). « Nous avons d’abord voulu dresser un état des lieux des situations rencontrées et identifier les pistes d’amélioration pour la conception, la mise en œuvre et la gestion de ces bâtiments », explique Andrée Buchmann, présidente de l’OQAI qui a mis en place un protocole d’enquête standardisé de mesurage, collecte et transfert de données. Dans son dispositif, baptisé OQAI-BPE, l’institut gère et exploite également de sa base de données nationale qui permet de dresser périodiquement un état de la situation sur la qualité des environnements intérieurs dans ces bâtiments performants en énergie.

CO, CO2, COV, NaO2, aldéhydes, micro-particules, moisissures… un grand nombre de pollutions mesurées

Dans ce dispositif, deux campagnes d’enquête pendant la période de chauffe et hors chauffe ont été menées. « Les mesures collectées ont porté sur le CO2 en tant qu’indicateur de confinement et sur la ventilation (débits d’air et de pression aux bouches de ventilation), indique Charles Dajou, adjoint au sous-directeur de la qualité et du développement durable au ministère en charge du Logement. Ainsi que sur la pollution chimique avec la mesure du monoxyde de carbone, du dioxyde d’azote, du radon, de 16 composés organiques volatiles (COV), de 3 aldéhydes. Sont également analysées les micro-particules (PM 2,5) et des éléments biologiques comme les (moisissures). » De même les critères du confort d’ambiance (thermique avec la mesure de température et d’humidité relative de l’air, acoustique, visuel et olfactif) et les caractéristiques du bâtiment, des logements, des occupants, de leurs usages et de leurs activités sont prises en compte.

130 bâtiments étudiés

Au niveau de la mise en œuvre, plus de 130 bâtiments ont été sélectionnés sur la base du volontariat, sans représentativité statistique de l’ensemble des bâtiments performants en énergie construits ou rénovés en France. A savoir 115 de bâtiments démonstrateurs à usage d’habitation du programme Prebat, 9 à usage d’enseignement/d’accueil de la petite enfance et 8 à usage de bureaux. Bien sûr les bâtiments neufs étaient tenus de respecter une consommation d’énergie primaire (cep) conforme à la RT 2012, c’est-à-dire 50 kWh/m2.an et de 80 kWh/m2.an pour les bâtiments rénovés. Côté logement, il y a eu 17 maisons individuelles (94% en neuf, 6% en rénové) dont la cep s’élevait à 45 kWh/m2.an équipés d’une PAC (à 47%) ou d’un poêle à bois (41%)et aux 2/3 dotés d’une VMC double flux. Quant aux 55 logements collectifs, majoritairement sociaux, leur cep était de 62 kWh/m2.an. Ils étaient équipés de chaudières (67%) ou alimentés par un réseau de chaleur (19%) et, aux 3/5ème d’une VMC double flux.

Moins de pollution dans les BPE

Concernant les systèmes mécaniques de ventilation, leur état et leur niveau de fonctionnement était comparables à ceux observés dans l’ensemble des logements français. Par ailleurs, pour les VMC hygroréglables, la moitié des mesures des pressions aux bouches d’extraction sont restées dans la plage préconisée par les fabricants (entre 70 et 160 Pa). De leur côté, les VMC autoréglables ont respecté les débits réglementaires réduits (totaux et cuisine) mais pas systématiquement les débits à

Cet isolant minéral supporte les hautes températures sans dégager de produit toxique. © Ipsiis

atteindre en cuisine (grand débit), en salle de bain ou en WC. Sur le terrain des substances toxiques, l’étude OQAI-BPE ne révèle pas de différence majeure entre les BPE et l’ensemble de logements français. A l’exception notable du benzène présent dans 37% des logements BPE contre 52% dans l’ensemble des logements français, du formaldéhyde mesuré dans 8% des BPE contre 22% des autres logements et du radon (aucun dépassement en BPE) où on l’a retrouvé dans 1% à 2% selon les pièces des autres logements.

Un développement actif des moisissures plus important dans les BPE

Pour sa part, l’humidité de l’air se révèle équivalente, voire inférieure, à celle de l’ensemble des logements français. Cependant, la température de l’air dans les BPE est systématiquement supérieure à celle de l’ensemble des logements. Du coup, pas étonnant de voir qu’à peine 1% des logements BPE présentent des moisissures visibles contre 15% pour l’ensemble des logements. Cependant, l’étude a observé un développement actif des moisissures supérieur de 10% à l’ensemble des logements français dans 47% des logements BPE. Ces moisissures ont été constatées dans des zones non apparentes, derrière les meubles, les revêtements de surface et possiblement à l’intérieur des parois.

Les dégâts des eaux contribuent au développement fongique

Cette constatation a mis la puce à l’oreille de l’OQAI qui a conduit une seconde étude. Les scientifiques ont constaté qu’il n’y avait pas de contamination fongique (moisissures) dans les logements qui n’avaient pas connu de problème d’humidité dans les 12 mois précédents, ni dans les logements isolés par l’extérieur ou avec isolation mixte (intérieure et extérieure), ni dans les logements sous-occupés (plus de 20 m2 par personne), ni dans ceux où le chauffage était éteint lors de la mesure. Pas non plus dans ceux où la température ne dépassait pas 21°C. En revanche, l’indice de contamination fongique augmente dans les logements qui ont connu un dégât des eaux dans les 12 mois, dans les logements dotés d’une isolation pour ossature bois ou à isolation répartie ou encore à isolation intérieure. Ainsi, que, bien sûr, dans les logements sur-occupés et dont le chauffage était en fonctionnement lors de la mesure ou dans ceux dont la température était comprise entre 19°C et 21°C.

Mise en évidence du bois somme source de pollution

La seconde étude a également constaté la présence de composés organiques volatiles (COV) comme Alpha-pinène, Limonène et Hexaldéhyde dans les logement BPE. Principale explication : « La présence de bois, notamment dans les ossatures bois, les isolants végétaux dans les combles, les revêtements de sol (parquets en bois ou bois reconstitué), souligne Mickaël Derbez, chef du projet OQAI-BPE au CSTB. Citons aussi l’introduction de meubles neufs au cours de la semaine de mesure ainsi qu’un usage et un stockage de produits d’entretien dans le logement. » Pour toutes ces nuisances, la parade est d’une simplicité déconcertante : il suffit d’augmenter le renouvellement de l’air dans les pièces.

Erick Haehnsen