Carburants alternatifs : un développement à petits pas

Comme les autres pays de l’UE, les pouvoirs publics français ont élaboré
un « Cadre d’action national pour le développement des carburants alternatifs dans le secteur des transports et le déploiement des infrastructures correspondantes ». Surprise : ce sont les biocarburants dont l’avenir semble le plus prometteur…

Air Liquide compte une dizaine de stations hydrogène à destination des véhicules hydrogène particuliers, des flottes captives comme les taxis hydrogène à Paris et les chariots élévateurs pour des centres logistiques.  © Air Liquide / V. Krieger

Dans le domaine des transports, vouloir sortir du pétrole, c’est bien. C’est même indispensable pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre que la France s’est engagée à réduire de 40% entre 1990 et 2030. Encore faut-il que des « carburants alternatifs » soient disponibles et bien distribués. C’est tout l’objet du « cadre d’action national », un document élaboré par le ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, qui a donné lieu ces derniers mois à une « large consultation » de tous les acteurs concernés : transporteurs, constructeurs, distributeurs, associations de protection de l’environnement et collectivités. Objectif : « développer un réseau d’infrastructures de recharge ou de ravitaillement en carburants alternatifs », et « apporter la sécurité à long terme nécessaire aux investissements dans les technologies », que ce soit pour ces carburants ou pour les véhicules qui les utilisent. Les principaux carburants concernés ? L’électricité, le gaz naturel (GNV), les biocarburants, le gaz de pétrole liquéfié, l’hydrogène.

Premier constat, ce cadre d’action paraît à la fois « très raisonnable » et manquant « sérieusement d’ambition » eu égard aux engagements pris lors de la Cop 21 ou à l’urgence à lutter contre le réchauffement climatique. Ainsi les biocarburants, généralement utilisés sous forme d’additif ou de complément aux carburants fossiles, représentent-ils « à ce jour l’outil principal pour atteindre les objectifs d’incorporation d’énergies renouvelables dans les transports à l’horizon 2020 et 2030 ». Les pouvoirs publics ont pour objectif que 10% de l’énergie consommée par tous les modes de transport proviennent de sources renouvelables en 2020. Ils en représentaient 6% en 2014, issus des deux grandes filières de production à l’échelle industrielle, le biodiesel (incorporé au gazole) et le bioéthanol (incorporé à l’essence).
A condition, tempèrent les auteurs du rapport, que la filière relève de « nombreux défis ». Comme par exemple, limiter l’impact de la production de biocarburants sur l’utilisation directe et indirecte des terres arables, résoudre les contraintes sur la qualité des carburants ainsi que sur leur compatibilité avec les motorisations du parc existant et en développement, etc.
Des défis d’être gagnés.

Station de Taxi Air Liquide. © D.R.

Côté véhicules rechargeables (électriques ou hybrides rechargeables), même si leur nombre reste faible, le marché est en progression continue depuis plusieurs années. Fin 2015, le parc est estimé à environ 85 000, principalement des véhicules légers, soit 0,2% du parc total de véhicules routiers. Avec 27 227 immatriculations en 2015, dont 22.187 véhicules électriques (soit près de 1% des immatriculations annuelles), la France est devenue le premier marché du véhicule électrique dans l’UE, devant l’Allemagne, et le second en Europe, derrière la Norvège. En 2016, note le rapport, le marché français du véhicule électrique a vu sa dynamique se renforcer grâce à des aides à l’achat et à la location mais aussi grâce à la baisse des prix et aux progrès réalisés en matière de batteries.

Cela étant, « le développement d’une infrastructure de recharge est une condition nécessaire au développement de l’électromobilité ». Aujourd’hui essentiellement privés, les points de recharge ouverts au public doivent continuer à se développer afin d’offrir aux usagers l’assurance de circuler dans de bonnes conditions, sans crainte de la panne. Fin 2015, 11 281 points de recharge étaient ouverts au public (dont 468 points de recharge rapide). Petit rappel : la loi sur la transition énergétique du 17 août 2015 fixe un objectif de 7 millions de points de charge en 2030. Il reste du chemin à faire ! A noter que, pour les axes routiers interurbains, le projet Corri-Door, cofinancé par l’UE, a « permis d’installer plus de 180 points de recharge rapide ouverts au public (200 bornes sont prévues), distants chacun d’environ 80 km, sur les réseaux autoroutiers des groupes Sanef, APRR, Vinci Autoroutes, etc., ainsi que deux enseignes nationales, Ikéa et Auchan.

Autre carburant alternatif, le gaz naturel pour véhicule (GNV) est adopté de façon privilégiée par de nombreuses flottes de bus. Ensuite, il s’est élargi aux véhicules de propreté et aux flottes captives de véhicules légers. Fin 2015, la France comptait un peu plus de 12 000 de ces véhicules, principalement dans des flottes captives disposant de stations de ravitaillement dédiées. « Les perspectives de développement du GNV s’avèrent prometteuses », estime cependant le rapport qui lorgne en fait sur l’Europe où la flotte de véhicules au GNV a triplé durant les dix dernières années. Car « si cette tendance à la hausse se poursuit, ce sont plus de 10 millions de véhicules GNV qui pourraient circuler en Europe d’ici 2020 ». En France, le réseau GNV, limité fin 2015 à 43 stations, en vise 180 fin 2018, 250 en 2020 et 300 en 2025. Pas de quoi exploser les compteurs. Surtout si l’on compare avec le réseau de 1 760 stations-service qui distribuent du GPL (gaz de pétrole liquéfié) pour ravitailler 210.000 véhicules. Problème : ce carburant en perte de vitesse. D’ailleurs, son réseau a la taille d’approvisionner cinq fois plus d’utilisateurs…

© Jean-Louis Alcaïde

Les promesses de l’hydrogène

Je roule à l’hydrogène. © D.R.

Carburant alternatif prometteur en Europe, l’hydrogène séduit peu la France, même si elle a engagé le déploiement d’un réseau d’infrastructure de recharge dédié. Pour l’heure, seule prévaut une approche de flottes captives. Pour preuve, fin 2015, le parc tricolore de véhicules hydrogène comptait 17 voitures particulières, 11 véhicules utilitaires légers et 2 poids lourds. Ces véhicules se rechargent en hydrogène via l’une des 11 stations existant en France (30 visés en 2025). Pour accélérer, il faudra notamment une baisse des prix des composants et des véhicules.

(1) Cadre d’action national pour le développement des carburants alternatifs dans le secteur des transports et le déploiement des infrastructures correspondantes. Adopté en application de la directive 2014/94/UE du 22 octobre 2014 qui contraint chaque État-membre à élaborer un tel document.