Autocaristes : vers une formation continue sur mesure

[Paru le 01/10/17 Dans Bus & Car Tourisme de Groupe]. Réglementée par l’UE, la Formation continue obligatoire (FCO) adopte des référentiels précis. Or les besoins varient d’une entreprise à l’autre. De leur côté, les organismes de formation s’adaptent à leur clientèle. Par ailleurs, les formations complémentaires, outre les conducteurs, s’étendent à un public plus large et proposent des connaissances en matière de management, de sécurité ou de logistique. Par Caroline Albenois

En 2016, Aftral a réalisé 220 millions d’euros de chiffre d’affaires, 60 % dans les multiples métiers du transport (dont 40 % dans les transports voyageurs) et 40 % dans ceux de la logistique. © Aftral

La formation continue est un enjeu clé dans le métier de conducteur de transport collectif de voyageurs. Comme la formation initiale (voir encadré), elle entre dans le champ de la réglementation européenne. La Formation continue obligatoire (FCO) s’impose ainsi à tous les conducteurs des véhicules pour la conduite desquels un permis de conduire D est requis : salariés ou non, à temps plein ou occasionnels, effectuant du transport public ou privé. Régulièrement mis à jour, son contenu est défini par la directive 2003/59/CE du Parlement européen : « La formation continue obligatoire permet au conducteur, à partir d’un bilan de ses connaissances et compétences, de se perfectionner à une conduite rationnelle axée sur les règles de sécurité, d’actualiser ses connaissances en matière de réglementation du transport ainsi que de santé, sécurité routière, sécurité environnementale, service et logistique et d’améliorer ses pratiques dans ces domaines. »

D’une durée de 35 heures, la FCO est répartie sur cinq jours et doit avoir lieu dans un centre de formation agréé par le préfet de région et renouvelée tous les cinq ans. « Une journée est consacrée à la conduite des véhicules : on vérifie que le conducteur respecte les consignes de sécurité, sait se servir d’une boîte automatique comme d’une boîte mécanique, anticipe les risques… On repasse l’ensemble des fonctions professionnelles », explique Bruno Garancher, président de l’École de conduite française (ECF).

La FCO, un outil perfectible

Si le principe de la FCO fait l’unanimité dans le monde du transport collectif de voyageurs, certains acteurs militent cependant pour son amélioration. Au centre des débats, un assouplissement de son organisation. « On pourrait imiter le modèle allemand où la formation continue obligatoire a lieu un jour par an sur cinq ans », suggère Bruno Garancher. « Étaler les rendez-vous formation et les rendre plus réguliers permettrait aux conducteurs de rester à jour et serait à la fois bénéfique pour les personnes formées et pour les entreprises », renchérit Ingrid Mareschal, déléguée générale FNTV.

Autre point d’achoppement : la personnalisation de la FCO. « Très peu de personnes commencent leur carrière dans le transport de voyageurs, poursuit le président d’ECF. Pour d’anciens chauffeurs de bus à l’Armée par exemple, la partie conduite et technique a moins d’intérêt. Tandis que d’autres profils maîtrisent déjà la relation commerciale et l’accueil du public. » Or les programmes FCO différencient peu les contenus en fonction du bagage professionnel des stagiaires. « Il faudrait mieux distribuer les contenus des formations », insiste Bruno Garancher.

A la base : l’expérience

Grâce à ses 120 centres qui maillent l’Hexagone, Aftral forme aussi bien les conducteurs de grands groupes (Transdev, Keolis, RAPT Développement, etc.) que des PME. © Aftral

« La formation a besoin d’être rénovée, confirme Catherine Pons, déléguée générale de l’Union nationale des organisations syndicales des transporteurs routiers automobiles (Unostra). Elle doit accorder plus d’importance à l’expérience et au parcours du stagiaire même si celui-ci n’a pas eu lieu dans le monde de l’autocar. Toutes les compétences se croisent. » Conscients de cette réalité, les organismes de formation prennent de plus en plus en compte le profil des conducteurs et s’adaptent aux besoins des entreprises au cas par cas. « Les FCO ne sont pas juste une formalité à remplir. Elles ont une utilité et doivent constituer un retour sur investissement pour le transporteur, indique Loïc Charbonnier, PDG d’Aftral (Apprendre et se Former en Transport et Logistique), l’organisme de formation aux métiers du transport et de la logistique le plus important en France. Notre souci constant est d’enrichir les contenus de cette formation et de les axer notamment sur l’hygiène de vie des conducteurs, l’éco-conduite, les personnes à mobilité réduite (PMR) ou bien sur les évacuations de véhicules et les extinctions de feux grâce à nos simulateurs. »

Pour aider les salariés à mieux assimiler les apprentissages, les organismes de formation emploient également des méthodes diverses. Sur l’éco-conduite par exemple, l’Aftral travaille à l’aide d’ordinateurs embarqués dans les cars qui mesurent les performances individuelles des conducteurs. Il y a alors deux périodes de conduite : avant et après la formation. « Nous comparons les données du moteur pour les commenter en salle. Cela permet de mieux se rendre compte de l’impact réel de la conduite sur l’environnement mais également sur les organes du véhicule », précise Vincent Baldy, directeur adjoint d’Aftral, en charge des formations consacrées au transports de personnes.

Internaliser l’offre de formation

Outre les grands acteurs de la formation professionnelle comme l’Aftral, ECF, Promotrans ou Forget Formation, émergent des offres internalisées de formation. C’est le cas notamment depuis l’arrivée sur le marché des « cars Macron ». Face à l’engouement suscité chez les Français par cette forme économique de transport – 6,2 millions de passagers transportés entre août 2015 et fin 2016 -, les offres se sont multipliées et les autocaristes ont eu besoin de conducteurs nouveaux ou formés à la spécificité de ce métier. Car c’est une nouvelle profession qui est née, notamment depuis l’accord négocié qui crée la qualification « Conducteur SLO »* (coefficient 142V), signée en février 2017. Laquelle définit l’éventail des compétences requises (voir encadré) pour conduire les cars Macron. Trois jours de formation sur trois ans sont donc désormais obligatoires pour ces conducteurs.

L’université Flixbus

Flixbus a développé des applications mobiles pour faciliter, notamment, l’enregistrement des passagers. © Flixbus

Start-up d’origine allemande qui a lancé sa première ligne française en septembre 2015, Flixbus a, de son côté, ouvert un centre de formation spécifique aux lignes longues distances. Son modèle économique repose sur un partenariat avec des transporteurs français (voir encadré). « Pour ces TPE et PME, la libération du marché représente de nouvelle opportunités et ce nouveau métier nécessite des formations », explique Charles Mouton, responsable des opérations de Flixbus dont l’université propose un parcours de formation pour les conducteurs, en ligne et en présentiel. Un volet commercial reprend les bases de l’accueil du public, de la connaissance du réseau, des équipements et des outils numériques proposés par la start-up. Laquelle a développé des applications et des sites mobiles. « Ensuite, le parcours diffère selon les lignes. Un conducteur de lignes courtes ne va pas suivre la même formation que celui qui conduit 12 heures de nuit », poursuit Charles Mouton. Parmi les formations dispensées par Flixbus, des programmes portent sur l’hypovigilance et l’utilisation des équipements de sécurité. Lesquelles mettent en œuvre les systèmes de freinage, les détecteurs de somnolence, détecteurs de changement de voix, travail en double équipage..

Pour sa part, le groupe Perraud dispose également d’un institut interne de formation depuis une quinzaine d’années. « La formation fait partie de notre cœur de métier, insiste Thierry Emelin, directeur général. Nous adaptons le contenu, tout en étant conformes au référentiel européen. Le plan de formation est révisé chaque année en fonction des besoins et des attentes recensés, notamment dans le cadre d’entretiens individuels. Il accompagne aussi la stratégie commerciale de l’entreprise. »

Les formations complémentaires

Le groupe Perraud, comme l’Aftral et de nombreux autres organismes, proposent, outre la FCO, de nombreux autres modules complémentaires, qui s’adressent tant aux conducteurs qu’à d’autres personnels du monde du transport collectif du voyageur. « Bien sûr, nos personnels commerciaux doivent être au fait des produits ainsi que des nouvelles attentes de la clientèle. Mais de nouveaux enjeux se posent désormais sur la maîtrise des nouvelles technologies de communication, de promotion et de vente. Ils concernent toute l’entreprise, ajoute Thierry Emelin. De fait, la formation est transversale. Les encadrants partagent même parfois des formations de terrain ou initiales pour rester en phase avec ce qui est enseigné et leur permettre d’être cohérents dans les consignes diffusées. »

C’est dans le but d’améliorer la formation continue et d’approfondir certains domaines que l’Adec (Action de développement de l’emploi et des compétences) de la branche des transports routiers a été mise en place en 2016 et jusqu’en 2018. Ce dispositif a permis de mettre en place des financements spécifiques pour ces formations labellisées par l’OPCA Transports et Services (Organisme paritaire collecteur agréé). Ces formations, qui durent entre un et huit jours, s’adressent aux conducteurs mais aussi à l’encadrement. Un comité de pilotage paritaire a ainsi sélectionné des offres de formation en développement durable, management, exploitation, négociation commerciale, prévention des risques professionnels ainsi qu’une formation Socle de connaissances et de compétences professionnelles. Celles-ci sont proposées par différents organismes de formation, dont l’Aftral. « À partir d’un cadre défini, le contenu s’adapte à chaque entreprise, précise Karine Coulon, référente Métiers à l’OPCA-TS. L’objectif est à présent de faire perdurer cette offre de formation qui répond aux besoins des entreprises et des salariés. »

Caroline Albenois 
* Services librement organisés (SLO)

Les formations initiales

La FCO reprend également les fondamentaux de la conduite. © ECF

Deux options s’ouvrent aux prétendants au métier de conducteur de bus et d’autocars. La première est la Fimo, la Formation initiale minimum obligatoire. Il s’agit d’un stage de 280 heures au moins suivi dans un centre de formation agréé par le préfet de région. Elle est accessible dès l’âge de 23 ans pour la conduite des véhicules nécessitant la détention d’un permis de conduire D. La deuxième formation est plus longue puisqu’elle résulte d’une formation d’une durée de 420 heures : le titre professionnel Conducteur de Transport Routier Interurbain de Voyageurs mais elle est qualifiante et accessible dès l’âge de 21 ans. « Cette formation est privilégiée par les employeurs, explique Bruno Garancher le président d’ECF, car elle est plus facilement prise en charge par l’OPCA. » À l’instar de la FCO, ce titre professionnel est lui aussi perfectible. La FNTV poursuit le projet de mise à jour de cette formation initiale avec la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP). « Nous pensons proposer des modules différents pour NOUS adapter aux nouveaux besoins, indique Ingrid Mareschal, déléguée générale FNTV. Mais surtout, nous travaillons sur l’allègement des délais administratifs. Actuellement, le permis est passé en fin de formation mais la Préfecture met parfois un ou deux mois à délivrer le permis. Ce qui recule d’autant l’embauche des jeunes diplômés. Faire passer le permis en début de titre professionnel serait une solution, pour que les services de l’État aient plus de temps pour délivrer le document. » Il existe une autre formation obligatoire, dite « Passerelle » d’une durée de 35 heures pour les conducteurs qui passent du transport de marchandises au transport de voyageurs et inversement.

Les nouvelles compétences requises pour conduire les cars Macron

L’accord du 23 février 2017 relatif à l’activité des conducteurs affectés aux services librement organisés (SLO) donne beaucoup de grain à moudre aux centres de formation. Cet accord, signé par les partenaires sociaux dans le cadre de la convention collective du secteur, stipule notamment que le conducteur SLO « a, en toutes circonstances, une présentation particulièrement soignée, fait preuve à l’égard de la clientèle d’une attention courtoise, participe au chargement et déchargement des bagages, maîtrise, après formation appropriée, toutes les formalités d’encaissement et de validation des titres de transport, connaît le véhicule et le fonctionnement de l’ensemble de ses équipements (climatisation, vidéo/audio, géolocalisation, informatique embarquée, équipements de sécurité, équipements pour personne à mobilité réduite…), possède des notions dans au moins une langue étrangère en lien avec l’activité commerciale de l’entreprise, participe à la promotion de l’offre commerciale de l’entreprise notamment par une présentation de la ligne et de ses services (…), maintient tout au long de la prestation la propreté intérieure et extérieure du véhicule (…), assure le transport de personnes dans des conditions de sécurité et d’information correspondant aux engagements contractuels de son entreprise et à la réglementation routière en vigueur. »

Flixbus, un modèle économique nouveau

« Certains nous surnomment les Uber du bus mais c’est un raccourci un peu facile », plaisante Charles Mouton, responsable des opérations. Actuellement leader du marché en France et en Europe avec ses 3,3 millions de passagers entre janvier et juillet 2017, Flixbus innove. En effet, la start-up ne dispose pas de cars et ne salarie pas les conducteurs. « Ce sont des contrats de partenariat : chacun fait son métier. Flixbus planifie les lignes et les transporteurs achètent les cars neufs selon un cahier des charges précis. » De fait, le car doit disposer d’un certain nombre d’éléments de confort : espacement des sièges mais aussi WiFi, prise électrique, toilettes, offre de snacking, éthylotest automatique. 60 sociétés de transports en France se sont déjà associées au concept Flixbus. Les revenus sont ensuite partagés entre Flixbus et le transporteur.

Cassiopée, une plateforme de formation mobile

Les offres de formation n’offrent pas toujours la possibilité de mettre en pratique toutes les situations de risques auxquelles un conducteur est confronté : pluie, neige, un véhicule qui, soudainement, surgit… C’est dans l’optique de confronter les conducteurs aux risques réels qu’implique la conduite sur route que l’association Réunir, dédiée aux PME du transport public de voyageurs, a mis au point le car-simulateur Cassiopée. A l’intérieur de ce car mobile construit par Iveco, trois écrans de 40 pouces, haute résolution et 50 scénarios de base. A la clé : une mise en situation réaliste et ludique mais sécurisée. La conduite s’effectue ici sans exposition aux risques routiers : les conducteurs s’exercent dans des conditions impossibles à reproduire autrement. « Nous avons comme double ambition, dans notre démarche de prévention et de développement durable, d’offrir à nos adhérents un outil de formation, mais surtout d’en faciliter l’accès en allant à leur rencontre, sur leurs territoires », explique Alain-Jean Berthelet, président de Réunir.