L’industrie veut réduire son empreinte eau

A l’instar du carbone, l’industrie cherche de nouvelles voies pour économiser cette ressource et rejeter moins de polluants. Tout commence par une vision globale des consommations pour arriver à  »l’efficacité hydrique ».

Laver, cuire, dissoudre, diluer, refroidir, hydrater… en tant que fluide thermique ou matière première, l’eau est au cœur d’un grand nombre de procédés industriels. « L’empreinte eau devient une préoccupation croissante aussi bien dans les pays développés que dans les pays émergents », constate Marie-Ange Debon, directrice générale adjointe de Suez en charge de la division Internationale. Afrique, Australie, Brésil, Chine, Inde, Moyen-Orient, États-Unis, Amérique centrale… « les pénuries d’eau sont susceptibles, de paralyser les processus industriels à certaines périodes de l’année, souligne Sophie Altmeyer, responsable technique au pôle de compétitivité Hydreos dédié à la gestion de l’eau. En France, les Côtes d’Armor ou les Vosges sont en sécheresse. A d’autres endroits, il peut y avoir des pénuries saisonnières. »

Installation du procédé Carboplus de Saur.
© Saur

Pour réduire l’empreinte eau, « l’idée consiste à traiter les eaux usées afin de les recycler, sachant qu’il existe presque autant de processus de traitement que d’usines », explique Roland Morichon, directeur général adjoint du groupe Saur. Autrement dit, il faut commencer par dresser un audit des installations et réseaux. Ce qui réclame d’instrumenter avec des capteurs tout le cycle de l’eau dans les usines. Objectif : centraliser ces informations (débits, température, pression…) dans un système qui fournira un affichage temps réel, une analyse consolidée, des modèles prédictifs et des alertes.

« Le problème, c’est que les différents équipements ne communiquent pas entre eux », soulève Stéphane Gilbert, président fondateur de la start-up française limougeotte Aquassay qui remédie à ce problème grâce à son boîtier électronique innovant, Opwee, capable de collecter les données, de les traduire et de les pousser vers e-Water Efficiency, son logiciel Cloud de supervision, de prévision et d’alertes. Cette démarche a permis à un site de Smurfit (pâte à papier) de mettre à jour une fuite d’eau responsable de 7 % de sa consommation totale et de 15 % de sa pollution. En clair, sans vue globale, difficile d’optimiser les consommations d’eau, de réduire les pollutions et d’accroître la performan

La start-up Aquassay mise d’abord sur des boîtiers électronique pour collecter et traduire les données des capteurs pour les pousser vers un logiciel synoptique et préditifs de gestion globale du cycle de l’eau.
© Aquassay

ce industrielle. « Si l’on compte l’énergie, les traitements, la maintenance des installation, les consommables… le coût global de l’eau et 5 à 10 fois plus élevé que son prix au compteur, soit 15 euros/m3 en moyenne, reprend Stéphane Gilbert qui constate des économies rapides de l’ordre de 10 % à 15 % chez ses clients. L’objectif, c’est le zéro rejet liquide comme dans le secteur du traitement de surface pour el secteur aéronautique. » Des usines comme celles de Dassaut Aviation à Argonay (74), Ratier-Figeac à Figeac (46), Radiall à Voreppe (38).

Autre tendance : capter le polluant à la source pour recycler l’eau dans le processus industriel. « Jusqu’à présent, des dizaines, voire les centaines de polluants d’une usine convergent en se mélangeant pour finir dans la station d’épuration où tout est traité en gros », décrit Sophie Altmeyer. En captant à la source, on peut se concentrer sur un seul polluant, le valoriser en matière première secondaire et recycler l’eau ailleurs dans le process. Une idée qui s’illustre chez Saur avec son procédé Carboplus, à base de charbons actifs pour utilisé initialement pour épurer l’eau naturelle des micropolluants (pesticides, résidus médicamenteux…) mais adapté aux eaux usées industrielles. Lits bactériens, membranes échangeuses d’ions, ozonation, charbons actifs, évaporation-cristallisation, UV, osmose inverse… les procédés de dépollution ne manquent pas. « Au sud de Los Angeles, en Californie, notre usine modèle de traitement des eaux usées peut produire 5 qualités d’eau (réinjection dans l’aquifère, irrigation, industrie…), lance Marie-Ange Debon. On pourrait la boire ! » Reste que, jusqu’à présent, aucune réglementation ne l’autorise.

© Erick Haehnsen / TCA-innov24