la vidéosurveillance au cœur de la sécurité

[Paru le 05/06/2018 dans Le Moniteur] Dans ce stade de 60 000 spectateurs, les 400 caméras de vidéosurveillance et le superviseur de sécurité visent à contenir les supporters et hooligans. À présent, l’équipe de sécurité parvient à reconstituer le parcours complet du délinquant, à l’identifier et l’interpeller en moins d’une heure.

Devant leurs écrans, les agents de sécurité peuvent voir un un fauteur de trouble sous trois angles différents et de reconstituer sont parcours jusqu’au contrôle d’accès.
© Agence TCA

Plus que jamais le Groupama Stadium, aussi nommé Grand Stade de Lyon, mise sur la sécurité. Dans cet esprit, l’opérateur, OL Groupe (Olympique lyonnais), a intégré la vidéosurveillance dès 2008 à la conception de ce stade, le troisième plus grand de France avec 59.186 places. « Les 400 caméras de vidéosurveillance [de chez Axis Communications et Bosch Security, NDLR] ont été installées en plusieurs vagues. Elles constituent un point essentiel de la sécurité du stade, explique Xavier Pierrot, directeur du stade. Dès le premier match, début 2016, nous avons expliqué aux spectateurs et supporters qu’ils étaient filmés et que, à ce titre, les fauteurs de trouble pouvaient être immédiatement repérés, interpellés et déférés devant un magistrat dans le stade ! »

Pour y parvenir, toutes ces caméras haute définition sont reliées par le réseau Ethernet au superviseur de sécurité Omnicast du canadien Genetec qui orchestre les flux vidéo pour les afficher sur deux murs d’écrans. Constitués de six écrans, ils font converger chacun jusqu’à 36 caméras simultanément. Installé au PC Manifestations, le premier mur est activé lors des matchs. Le second se situe au PC Sécurité qui fonctionne 24 h/24. Au quotidien, deux agents de sécurité au minimum travaillent au PC de sécurité. Tandis que les jours de match entrent en action jusqu’à 27 coordinateurs et trois opérateurs de vidéosurveillance.

Muni d’un Joystick, lorsque ces trois agents repèrent un spectateur perturbateur dans la tribune (jet de fumigène ou d’objets divers…), ils sont en mesure de reconstituer tout son parcours en analysant les images stockées dans les serveurs vidéo : depuis l’entrée du stade, le contrôle d’accès, les couloirs, les buvettes, les tribunes… Les agents vont même remonter jusqu’à l’accès au tramway ou aux navettes qui relient les 16.000 places de parking au stade. Quant aux images, soit 100 à 150 To de données pour un événement, elles sont conservées pendant 14 jours dans les centres de données du stade (répliqués sur des centres distants pour la sauvegarde) d’une capacité de 300 To chacun. Mais c’est le contrôle d’accès, effectué l’aide d’un scanner laser qui horodatage la lecture du billet, qui permet de remonter jusqu’à l’identité du spectateur. Puisque ce dernier a été obligé de la donner pour effectuer son achat en ligne.

« Même si la personne porte un masque ou une cagoule, à un moment donné, elle l’enlèvera. Par ailleurs, dans les tribunes, les caméras peuvent filmer chaque personne sous trois angles différents. Ce qui augmente les chances de la reconnaître », poursuit le directeur du stade. Ainsi, pour le match de l’Europa League OL-CSKA Moscou du 15 mars dernier, « il a fallu moins d’une heure pour interpeller le principal fauteur de trouble », résume Xavier Pierrot. Par la suite, le stade a recouru pendant une semaine après le match à deux agents de sécurité supplémentaires pour identifier la dizaine d’autres délinquants à interpeller. « Techniquement, on pourrait automatiser cette recherche, souligne Guillaume Charon, directeur commercial pour la Belgique, la France, le Luxembourg et le Maghreb chez Genetec. Mais la réglementation française ne l’autorise pas encore. »

Erick Haehnsen